Montmartre : les appartements de Jacques Prévert et Boris Vian menacés

ÀMontmartre, dans la discrète Cité Véron, deux appartements chargés d’histoire sont aujourd’hui menacés de disparition. Ces lieux, où vécurent et travaillèrent Jacques Prévert et Boris Vian, pourraient être détruits ou profondément transformés dans le cadre d’un projet d’extension du Moulin Rouge. Face à cette perspective, deux pétitions ont été lancées pour alerter l’opinion publique et défendre ce patrimoine littéraire et artistique exceptionnel.

Des lieux de création au cœur de Montmartre

Jacques Prévert a vécu plus de vingt ans dans son appartement de la Cité Véron. C’est là qu’il a écrit une part essentielle de son œuvre poétique et scénaristique, donnant voix aux humbles, aux amoureux, aux révoltés.
« Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple », écrivait-il, fidèle à une poésie ancrée dans la vie quotidienne, attentive aux gestes simples et aux émotions universelles.

Son appartement n’est pas un simple logement : il est un lieu de création, de rencontres et de travail collectif, où sont nés des textes devenus partie intégrante de la mémoire culturelle française. À quelques mètres de là, Boris Vian occupait un autre appartement, partageant la célèbre terrasse dite des « Trois Satrapes ». Écrivain, musicien, ingénieur, agitateur d’idées, Vian incarnait une liberté de ton et de forme qui irrigue encore la création contemporaine.
« Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun », écrivait-il. Ses romans, ses chansons et ses chroniques ont été pensés dans cet espace précis, au croisement de la littérature, du jazz et de l’insolence poétique.

Un patrimoine vivant aujourd’hui menacé

Les pétitions aujourd’hui en circulation demandent la préservation de ces deux appartements, non par nostalgie figée, mais parce qu’ils constituent des témoins matériels irremplaçables d’un moment de l’histoire culturelle française. Ces murs ont abrité des manuscrits, des répétitions, des discussions, des fêtes, des désaccords aussi. Ils racontent une manière de créer, collective et libre, profondément liée à un lieu.

Prévert écrivait : « La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. » Détruire ces appartements reviendrait précisément à étaler une culture de façade tout en effaçant ses fondations. Les défenseurs de ces lieux soulignent également leur potentiel pédagogique et symbolique. Les préserver in situ, les ouvrir au public, permettrait de transmettre autrement l’œuvre de Prévert et de Vian, non comme des figures lointaines, mais comme des artistes vivants, inscrits dans un quotidien, un quartier, une époque.

Boris Vian rappelait avec ironie : « Je n’ai pas envie de gagner ma vie, j’ai envie de la vivre ».  Cette philosophie, inscrite dans ces lieux, mérite d’être transmise aux générations futures. Le projet du Moulin Rouge, s’il s’inscrit dans une logique économique et touristique, pose ainsi une question fondamentale : peut-on célébrer le spectacle et la mémoire d’un Paris mythifié en effaçant les lieux où s’est inventée une part essentielle de sa création littéraire et artistique ?

Préserver ces appartements, ce n’est pas opposer passé et présent, c’est reconnaître que la modernité se construit aussi sur la fidélité à ce qui l’a rendue possible. Alors que les signatures continuent d’affluer, ces pétitions rappellent une évidence souvent oubliée : le patrimoine culturel ne se limite pas aux façades monumentales. Il se niche aussi dans des appartements modestes, dans des pièces où l’on a écrit, aimé, douté, inventé.
« Et puis après, il y a autre chose », écrivait Jacques Prévert. Cet « autre chose », fragile et précieux, mérite aujourd’hui d’être défendu.

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