La poésie fait son comeback : Rainer Maria Rilke 2.0

Photo : © DR - Arte - Capture d'écran

Dans un épisode récent de Twist, ARTE s’intéresse à un phénomène discret mais révélateur : le retour de Rainer Maria Rilke dans les usages contemporains, des réseaux sociaux aux scènes de spoken word. Sous l’étiquette « Rilke 2.0 », l’émission observe une poésie redevenue visible, partageable, parfois fragmentée. Une résurgence qui interroge moins le passé que notre manière actuelle de lire.

L’idée peut surprendre : Rilke, poète de l’intériorité et de l’exigence formelle, transformé en matière virale. C’est pourtant le point de départ de Twist, qui ne cherche pas à sacraliser l’auteur mais à comprendre pourquoi ses vers circulent aujourd’hui si facilement. 

Pourquoi Rilke, maintenant

L’émission avance une hypothèse simple et convaincante : la poésie revient parce qu’elle sait être brève sans être superficielle. Dans un monde de flux continus, on lit moins longtemps mais on cherche des phrases qui tiennent. Rilke, avec ses images nettes et ses formules denses, fournit des fragments autonomes, aisément partageables, qui semblent répondre à ce besoin.

Twist évite toutefois l’illusion d’un retour pur et simple à la littérature. Elle pose une question implicite mais centrale : Rilke est-il lu pour lui-même ou utilisé comme réservoir de citations, parfois détachées de leur contexte ? Autrement dit, la poésie circule-t-elle encore comme œuvre, ou surtout comme matériau ?

La poésie hors du livre

L’un des intérêts majeurs de l’épisode réside dans son panorama de pratiques actuelles. À Bordeaux, Nathalie Man colle des poèmes dans l’espace public, réinscrivant le texte dans le quotidien et le passage. La poésie redevient un usage : on la rencontre, on la lit debout, on l’oublie ou on l’emporte.

Sur un autre versant, l’autrice Kiyémis incarne une poésie frontale, politique, où la brièveté sert la précision du propos. Ici, la forme courte n’apaise pas : elle tranche. L’émission rappelle ainsi que la poésie n’est pas qu’un refuge esthétique, mais aussi un outil de confrontation.

Enfin, Twist aborde la poésie comme objet hybride, circulant entre texte, image et performance. L’artiste Katia Sophia Ditzler explore ces croisements, tandis que le musicien autrichien Ariel Oehl revendique l’influence de Rilke dans un univers pop nourri de citations et de fragments. La poésie devient alors sample : non plus seulement lue, mais intégrée à d’autres formes.

Ce que la viralité fait à la littérature

L’émission ne tranche pas. La viralité démocratise l’accès, multiplie les rencontres, abaisse les seuils. Mais elle comporte aussi un risque : réduire le poème à une formule inspirante, déconnectée de l’ensemble dont elle provient. Or la littérature ne se résume pas à des phrases isolées ; elle se construit aussi dans la durée, les silences, les tensions internes.

En filigrane, Twist dessine un diagnostic : la lecture change. La continuité recule, la lecture par éclats progresse. Certains auteurs (Rilke en fait partie) s’adaptent mieux que d’autres à ce régime.

Au fond, l’émission parle autant de nous que de Rilke. Si la poésie refait surface, ce n’est pas par simple goût du passé, mais parce que nos usages culturels appellent des formes capables de ralentir, ne serait-ce qu’un instant. Twist ne sacralise pas la poésie ; elle la montre déplacée, parfois simplifiée, mais toujours active.

Ce « Rilke 2.0 » n’est donc ni une trahison ni un miracle. Plutôt un symptôme : celui d’un besoin persistant de langage dense, à une époque qui en manque cruellement.

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