Liberté – Visas pour un monde ouvert

© Photo : DR -

Informations pratiques

Mercredi 25 février

20 h

157, rue Saint-Martin - 75003 Paris

Soirée à la Maison de la poésie de Paris 

Mardi 17 mars

20 h

Librairie Le Domaine des Murmures
25 Rue Baronne Delort, 39300 Champagnole

Soirée avec Bruno Doucey

jeudi 19 mars

20 h

Librairie Maupetit
142 La Canebière - 13001 Marseille

Soirée avec Murielle Szac

Partenaire du Printemps des Poètes depuis de nombreuses années, les Éditions Bruno Doucey accompagnent chaque édition par une anthologie pensée comme un outil de lecture et de circulation poétique. Pour le 28e Printemps des Poètes, consacré à « La liberté. Force vive, déployée », la maison publie Liberté – Visas pour un monde ouvert, un volume ample réunissant 120 poètes et poétesses du monde entier. Une cartographie poétique de la liberté, conçue pour faire dialoguer les langues, les corps et les combats contemporains.

Une liberté incarnée plutôt que proclamée

« Ouvrez grand les fenêtres. Dénouez les barbelés » l’invitation pourrait prêter au slogan. Elle devient, au fil des 272 pages de Liberté – Visas pour un monde ouvert, une méthode. Conscients des risques d’une célébration creuse — la liberté étant sans doute l’un des mots les plus usés du lexique politique contemporain — Bruno Doucey et Ariane Lefauconnier ont fait un choix clair : l’incarnation plutôt que la proclamation.

Ici, pas de discours surplombant. La liberté se dit depuis les corps, les langues, les territoires. Elle s’éprouve dans l’exil, la censure, la lutte, l’amour, le refus. Le livre avance ainsi à hauteur humaine, au plus près de ce que les poèmes ont à dire du monde tel qu’il va et, parfois, tel qu’il se brise.

Douze chapitres, douze langues : un chant polyphonique

La force première de l’anthologie tient à son architecture. Douze chapitres structurent le volume, de « Je suis comme je suis » à « On ne peut plus rien dire… mais si ! », en passant par « Nos corps, nos choix » ou « Femme – Vie – Liberté ».

Chaque section s’ouvre sur un poème bilingue, dans une langue différente. Persan, coréen, arabe, ukrainien, hébreu, indonésien, LSF… Ce choix n’est ni décoratif ni symbolique : il inscrit d’emblée le lecteur dans ce que Bruno Doucey appelle un « multilatéralisme artistique ». La liberté n’a pas de langue unique, pas de centre, pas de visage uniforme.

La traduction, souvent assurée par les poètes eux-mêmes ou par des traducteurs étroitement liés aux textes, devient un acte politique à part entière : faire circuler la parole, sans la lisser ni l’édulcorer.

Des corps en résistance, des voix en tension

Ce qui frappe à la lecture, c’est la capacité du livre à faire dialoguer les combats sans jamais les hiérarchiser. La lutte des femmes iraniennes — au cœur du chapitre « Femme – Vie – Liberté » — résonne avec les revendications de liberté corporelle, les textes sur la guerre en Ukraine, l’exil palestinien, la répression sahraouie ou afghane.

L’anthologie accueille ainsi la voix de Parnia Abbasi, jeune poétesse iranienne tuée lors des bombardements de 2025, mais aussi celles de Nasser Rabah, Ketty Nivyabandi, Hawad, Yaryna Chornohuz, ou Ludmyla Khersonsky, dont les vers disent une liberté mise à nu par la violence de l’Histoire.

Ces textes n’illustrent pas l’actualité : ils en constituent l’une des lectures les plus fines. La poésie devient ici lieu de résistance, espace où la parole survit à ce qui cherche à la réduire au silence.

Le pari éditorial est assumé : mêler grandes figures de la poésie mondiale — Margaret Atwood, Yannis Ritsos, Lawrence Ferlinghetti, Hermann Hesse, Taslima Nasreen — à des voix moins diffusées, parfois à leur premier ou deuxième livre.

Cette cohabitation donne à l’anthologie une respiration particulière. Elle ne fige pas un panthéon ; elle propose une constellation mouvante, où la reconnaissance et la découverte avancent ensemble. Fidèle à la ligne des Éditions Bruno Doucey, le livre agit autant comme outil de transmission que comme objet littéraire.

Serge Bloch, ou l’humour comme ligne de fuite

Les dessins de Serge Bloch, qui ouvrent chacun des chapitres, jouent un rôle décisif. Leur trait libre, parfois décalé, introduit une distance salutaire face à la gravité des textes.

Plutôt que d’illustrer la liberté, Bloch la déplace. Ses figures en mouvement, ses corps désarticulés ou en fuite rappellent que la liberté n’est jamais figée. L’humour devient ici une forme de lucidité, une manière d’éviter l’emphase et de maintenir le livre dans un juste équilibre

Une anthologie comme outil vivant

Pensée pour accompagner le 28e Printemps des Poètes, l’anthologie n’est pas qu’un événement éditorial. Elle est conçue comme un outil durable pour les médiateurs culturels, les enseignants, les libraires, mais aussi pour les lecteurs désireux d’entrer dans la poésie contemporaine par fragments, par thèmes, par voix.

Ce qui distingue Liberté – Visas pour un monde ouvert, c’est sans doute cette capacité à tenir ensemble l’intime et le collectif, le corps et la cité, le poème et le monde. La liberté n’y est jamais abstraite : elle est toujours située, fragile, disputée.

Dans un contexte où les libertés reculent, où les poètes continuent d’être censurés, emprisonnés ou tués, cette anthologie n’a rien d’un luxe. Elle agit comme un espace de respiration et de vigilance.

Reste une question ouverte : ces 120 voix parviendront-elles à dépasser le cercle, déjà convaincu,  des amateurs de poésie ? C’est tout l’enjeu du Printemps des Poètes, qui tentera, une fois encore, de rappeler que la poésie peut encore faire événement.

Les 120 poètes de l’anthologie

Parnia Abbasi, Garous Abdolmalekian, Olivier Adam, Mastoura Afghân, Maram al-Masri, Maïss Alrim Karfoul, Nâdiâ Anjuman, Katerina Apostolopoulou, Atieh Attarzadeh, Margaret Atwood, Michel Baglin, Sanja Bakovic, Peter Bakowski, Adeline Baldacchino, Florian Bardou, Samantha Barendson, Stéphane Bataillon, Brigitte Baumié, Marcel Béalu, Nawel Ben Kraïem, Jeanne Benameur, Claude Ber, John Berger, Levent Beskardès, Julia Billet, Mateja Bizjak Petit, Tanella Boni, Breyten Breytenbach, Hélène Cadou, Marianne Catzaras, Roja Chamankar, Dominique Chipot, Yaryna Chornohuz, Marion Collé, Louis-Philippe Dalembert, Christine de Camy, Flora Aurima Devatine, Habiba Djahnine, Nassuf Djailani, Aurélien Dony, Bruno Doucey, Louise Dupré, Arthur Ely, Eom Won-tae, Manon Fargetton, Mireille Fargier-Caruso, Forough Farrokhzad, Lawrence Ferlinghetti, Bernard Friot, Louise Giovannangeli, Déwé Gorodé, Eliya Grondin, Saleh Abdalahi Hamudi, Hawad, Olena Herasymiouk, Hermann Hesse, Sabine Huynh, Imasango, Ana Istarú, Hettie Jones, Sofía Karámpali Farhat, Makoto Kemmoku, Ludmyla Khersonsky, Vénus Khoury-Ghata, Johanna Krawczyk, Jacques Lacarrière, Aurélia Lassaque, Barnabé Laye, Yvon Le Men, Lee Young-kwang, Perrine Le Querrec, Gaëtan Lecoq, Ariane Lefauconnier, Lisette Lombé, Patrice Luchet, Laura Lutard, Jean Malrieu, Michel Ménaché, Rita Mestokosho, Denise Miège, Khaled Miloudi, Hala Mohammad, Susie Morgenstern, Moon Chung-hee, Taslima Nasreen, Ladane Niknam, Ketty Nivyabandi, Carl Norac, Simon Parcot, Nicanor Parra, Martin Page, Orianne Papin, Marie Pavlenko, Pef, Sabine Péglion, Parvin Pejvâk, Serge Pey, Anthony Phelps, Coline Pierré, Nasser Rabah, Thierry Renard, Karine Reysset, Yannis Ritsos, Sudhir Sagar, Craig Santos Perez, Sapho, Arthur Scanu, Timotéo Sergoï, Pierre Soletti, Ronny Someck, Fabienne Swiatly, Murielle Szac, Hadassa Tal, Frédéric Jacques Temple, Wiji Thukul, Noah Truong, Chase Twichell, Karlis Verdin, Ella Yevtouchenko, Ling Yu.

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