02 Fév Entretien avec Laurent Bouisset, par Grégory Rateau
Poète, traducteur et musicien, Laurent Bouisset explore depuis plus de dix ans les voix poétiques d’Amérique latine. Son travail de traduction, d’abord publié sur le blog Fuego del fuego, a donné naissance à un recueil polyphonique rassemblant des poètes de la révolte, de la mémoire et du feu. Par la traduction, il fait dialoguer les luttes sociales et intimes de ces voix hispanophones avec la langue française, entre fidélité et invention, écoute et rythme.
Grégory Rateau : Votre blog Fuego del fuego a mûri pendant douze ans avant de devenir ce recueil. Pouvez-vous nous raconter le passage du blog au livre et quels ont été les choix éditoriaux majeurs et les compromis imposés par la mise en volume ?
Laurent Bouisset : Disons, pour commencer, que ce sont deux réalités distinctes : le blog, par définition, est amené à connaître des évolutions : ajouts, retranchements, améliorations éventuelles, alors que le livre a été, bien sûr, imprimé ; hormis quelques très légères retouches orthographiques lors des réimpressions, il ne peut que demeurer en l’état. Depuis 2010, l’espace Internet Fuego del fuego a vécu sa vie élastique, son expansion constante, protéiforme, avec la volonté permanente d’accueillir de nouveaux poètes, d’explorer de nouveaux pays, mais pas seulement : il a aussi été question d’honorer des fidélités à certaines œuvres que j’admire de manière récurrente. J’ai déjà beaucoup traduit et publié les poèmes de l’auteur guatémaltèque Julio Palencia, par exemple, et je pense continuer à le faire encore longtemps. Je ne fixe pas de limite à l’amitié que je porte à des mots. Quand je les trouve justes, précis, nécessaires, je cherche par tous les moyens à les soutenir, à les défendre, à les propager autant, voire plus, que les miens. Pour revenir à votre question précise, lorsque les éditions lilloises Les Étaques m’ont contacté, autour de 2020, ils avaient déjà parcouru le blog de manière assez détaillée et cela leur avait permis d’observer une connexion possible entre leur ligne éditoriale militante et l’esprit de nombre des textes. A leur yeux, l’idée de constituer un livre à partir de cette consistante matière relevait d’une nécessité tout autant politique que littéraire. Ils me parlaient de la puissance vitale des textes. Ils en admiraient tout autant l’esprit de lutte que la forme accessible, lisible, populaire, et souhaitaient généreusement offrir à ce corpus géant les honneurs du papier. Comment aurais-je pu répondre par la négative à un tel message d’adhésion ? A compter de mon oui initial, un travail commun a débuté autour du choix des textes, car il est assez vite devenu évident que nous ne pourrions pas tout mettre dans le livre. Il y a plus de poèmes sur le blog que dans l’ouvrage publié. Il y en a encore plus maintenant, en 2025, car le projet a continué après la publication du livre. De nouvelles ou nouveaux poètes ont fait leur apparition. D’autres viendront. Pour ce qui est des compromis entre les choix éditoriaux et mon intransigeance naturelle, disons que cela s’est opéré avec souplesse : j’ai de mon côté accepté certains choix des Editions les Étaques qui ont dû me sembler pertinents (absence de chronologie des textes, volonté d’une disposition thématique plutôt que par pays, désir d’offrir aux poétesses davantage d’espace pour aller vers la parité) ; eux-mêmes ont saisi mon envie parfois de faire figurer tel poème à la place d’un autre. Nous n’avons pas vécu de désaccords dramatiques. Nous ne nous sommes pas non plus empoignés comme des rugbymen. D’autant plus que nous habitons d’un côté et de l’autre de la France : Marseille et Lille, 1000 km : pas de risque de frictions énorme. Tout s’est opéré de manière épistolaire. A cela s’ajoutant la redoutable nécessité d’obtenir les droits des textes pour songer à les publier en France dans un livre vendu (contrairement au blog gratuit) et donc de contacter en amont les poètes de l’anthologie, qu’ils soient vivants ou morts (ou mortes). Vaste chantier. Un seul ayant droit n’a pas donné le feu vert espéré. Un seul sur 44 sollicitations, soit 2,27 % de refus en tout ; nous ne pouvons pas décemment parler d’une opposition massive des principaux concernés, mais plutôt d’un acquiescement unanime à ce projet, et même d’un soutien immense.
GR : Dans votre note vous écrivez que traduire fut souvent « ardu » et parfois « impossible », et vous évoquez l’idée de « sentir le texte ». Pouvez-vous expliciter ce que signifie concrètement « sentir » un poème avant de le traduire ? Quels signes auditifs, rythmiques ou sémantiques guident votre décision ?
« Lire avec intensité ce qui a jailli sous nos yeux et qui nous touche, et qui nous a mis en chemin intellectuellement. ».
LB : Il me vient l’image d’un grimpeur au moment où il s’élance sur une paroi difficile, parfois sans corde, avec la seule précision de ses gestes pour défier la mort. Evidemment, je suis assis, ou plutôt allongé sur un canapé, quand je traduis ; je risque difficilement de faire une chute de deux-cents mètres ou plus ; mais cette proximité du corps de la personne escaladant avec la roche m’intéresse, pour autant, beaucoup. Comment monter ? Comment traduire ? Dans les deux cas, la tâche peut paraître, à première vue, impossible. Face à certains morceaux de musique, c’est un peu la même chose. Comment vais-je pouvoir jouer ça ? se demande-t-on. Peu à peu, note à note, aspérité de la paroi après aspérité de la paroi, on finit par trouver un moyen, on ne sait pas comment. Il y a toujours une forme de mystère dans cette manière de surmonter un problème de traduction. « Sentir le texte », ça doit vouloir dire : lire vraiment. Lire avec intensité ce qui a jailli sous nos yeux et qui nous touche, et qui nous a mis en chemin intellectuellement. De la même manière que l’on tâche de connaître une paroi rocheuse, de s’imprégner le plus possible de ses énigmes, de ses difficultés, on lit beaucoup avant de faire sortir de leur terrier des mots français qui restituent un tant soit peu ce que l’on cherche à dire. La traduction est la forme la plus active de lecture que je connaisse. C’est lire, traduire, avant toute chose. Devenir assez proche du texte pour que finisse par arriver à notre ouïe, à nos narines ou à nos doigts le son de sa respiration, l’odeur de ses niveaux de sens, le toucher de son découpage métrique et typographique sur la page. Si l’on écoute de manière extrêmement active, si l’on a la chance d’avoir assez de silence autour, on peut discerner le bruit infime et réjouissant que produit un escargot lorsqu’il mastique une feuille de salade. D’une façon similaire, rechercher le moyen d’arriver à se concentrer suffisamment sur les mots pour parvenir à se trouver littéralement en face du texte. Atteindre une forme de présence face à lui. Face à la roche. Face au morceau de musique que l’on aime et que l’on voudrait tant savoir jouer. Présent, ça doit signifier : concentré le plus possible, mais pas seulement : ça veut dire proche aussi, je crois. Proche au sens où l’on se doit se rapprocher du texte. Et pour cela, il faut lire et relire intensément, lire toujours plus et rechercher tous les éléments de contexte possibles. Connaître un peu la biographie de la personne qui a écrit ; connaître assez la réalité socio-politique du pays où elle a vécu. Après tout ce travail de recherche en amont, vient le moment où l’on se retrouve seul, presque nu, face au texte. Seul et commence à s’élancer une forme d’intuition. Allez, vas-y. Trompe-toi. Rature ça. Recommence. Es-tu vraiment parvenu à endormir ce qui parasite ton esprit ? As-tu vraiment mobilisé toutes les ressources de tes neurones dans un seul but ? Si jamais ça veut pas… ne pas forcer. Ne surtout pas forcer. Avoir juste l’humilité de se dire : « Bon, tant pis. Je ne vais pas trouver la clef si vite. Si j’allais faire la vaisselle plutôt que de m’acharner sans issue ? Cette proximité que je cherchais tant à rejoindre aura peut-être lieu tout à l’heure, tandis que les assiettes sèchent, ou bien « demain à l’aube », comme dirait l’autre, ou dans un an. Peu importe. Attendons. »
GR :Vous dites avoir parfois « réécrit » au début, puis appris à « traduire moins pour traduire mieux ». Où se situe, pour vous, la frontière entre réécriture nécessaire et trahison du poème original ? Pouvez-vous donner un exemple précis où vous avez renoncé à une trouvaille brillante pour préserver l’« écoute » du texte ?
LB : Je ressens le besoin de dire, à ce stade de l’entretien, que je considère la traduction comme une forme d’amitié, et que ce mot revêt à mes yeux un sens très fort. Trahit-on un ami sincère ? Si l’on cherche un peu sur Youtube, on peut trouver une première version française du poème Aquí estamos nosotros de Julio Palencia intitulée : Face à vous, nous nous tenons (voir la vidéo). Lors de cette lecture sur Radio Galère, j’ai tâché de faire de mon mieux pour rendre dans la langue de Molière ce texte au souffle fort qui, pour bien des raisons, m’impressionnait. Nulle volonté de trahison de ma part, bien au contraire, l’une des premières choses que j’ai faites, quand j’ai eu cette captation vidéo en mains, c’est de l’envoyer à Julio Palencia lui-même qui l’a mise en ligne par la suite. Complicité évidente avec l’auteur. Amitié. Transparence. Toutefois, Face à vous, nous nous tenons, c’est assez éloigné du titre initial : Aquí estamos nosotros. C’est plus proche de la réécriture que de la traduction. Et c’est un choix possible d’ailleurs. Certaines personnes de ma connaissance considèrent que pour faire voyager un poème d’une langue vers l’autre, il faut réécrire, fatalement, ou sinon la version proposée aura perdu sa force originelle en restant trop collée au littéral. J’ai partagé cet avis pendant de nombreuses d’années, mais je suis revenu sur ce point de vue plus récemment. Si l’on ouvre le livre « Fuego del fuego », on verra que Face à vous, nous nous tenons est devenu plus sobrement : Nous sommes là. Quelle raison à cela ? Reprenant ce que développait ma précédente réponse, je parlerais du mot proche et d’une volonté certaine de rapprochement. On court parfois le risque en traduisant de trop traduire, c’est-à-dire de vouloir rendre explicite un élément de sens que le texte initial émettait plus subtilement. Face à vous, nous nous tenons, c’est une possible interprétation du dispositif énonciatif dans le poème de Julio. Ces « fantômes de pays saignés à blanc / jour après jour enfantés sans toit », « ceux à qui on a fait les poches / ceux qui n’ont jamais rien possédé », ceux qui sont « debout pour l’éternité » se tiennent bel et bien face à nous dans ce poème, mais ce n’est qu’une lecture possible de ce titre, Aquí estamos nosotros. Ce n’est qu’une manière de le percevoir. Avoir traduit ainsi n’a pas trahi Julio, je ne crois pas – je ne souhaite pas user d’un mot si empreint de la faute ou du péché au sens moral –, mais un tel choix courait le risque, évidemment, de limiter au lieu d’ouvrir. Libre au lecteur français, lorsqu’il découvre ce texte, de cheminer mentalement vers quelque endroit qui se rapproche de ce Face à vous, nous vous tenons ou d’orienter ses pas vers un sens éloigné, comme il le souhaite. Laissons-le faire. N’insistons pas à tout prix pour le tenir par la main. De la même manière, dans le vers suivant : « paridos día a día a la intemperie » / « jour après jour enfantés sans toit », j’avais précédemment écrit : « à la mauvaise étoile » à la place de « sans toit ». « A la intemperie » convoque l’idée de se trouver banni à l’extérieur des murs de l’hôpital. « Enfantés à la belle étoile », pourrait-on dire en français (mais c’est trop « beau »). Pourrir un peu cette expression quasi chantante pour fomenter cette expression nouvelle, « à la mauvaise étoile », était, certes, un moyen d’introduire un jeu sur la langue pas entièrement dénué de sens ; mais quelque sauvage inflexion me l’a fait raturer, finalement, cette ingénieuse trouvaille, pour écrire de manière clairement plus brutale : « sans toit ». C’est un peu moins créatif, dira-t-on, mais tant pis… Laissons le droit au texte d’exister dans sa sécheresse volontaire. N’allons pas l’irriguer incessamment au moment de traduire. « Sans toit », c’est assez explicite, je pense. Deux syllabes seulement. Deux coups de feu, de fouet, dans la nuit de ce poème déchirant. Ça pourrait presque être le titre d’un livre entier (un roman par exemple). A quoi bon fleurir davantage ce qui se donna sous la plume de Julio de manière aussi spontanée et tranchante ? Pas la peine.
GR : Alan Mills et son long poème Síncopes sont présentés comme un déclencheur : vous parlez d’« anguille électrique » et d’une écriture proche de la transe. Comment ce type d’écriture (transe, rock, urgence) modifie-t-il vos choix métriques et sonores en français ? Avez-vous des techniques pour restituer ce « coup de rock » sans caricaturer ?
« Pour ne pas foutre en l’air ce qui s’est écrit de saignant là-bas, il faut bien la faire transpirer un peu, la langue de Marcel Proust. ».
LB : Dire d’abord que certains poètes du recueil ont eu une expérience du rock directe. Je pense notamment au poète mexicain Alberto Blanco qui a chanté dans un groupe nommé La Comuna dans les années 70, puis dans une autre formation au cours des années 80. On peut citer aussi le Chilien Raúl Zurita qui a collaboré avec des musiciens de rock : (voir la vidéo).
Alan Mills, pour sa part, a pratiqué la guitare rock pendant plusieurs années, et j’ai vécu cela aussi, à Lyon, bien avant l’écriture et la traduction. Je peux même dire qu’un certain groupe de rock, en France, m’a mené vers la poésie et qu’une chanson, par exemple, comme Tostaky (contraction de « todo esta aquí » / « tout est là ») n’est pas pour rien dans ce que je fais aujourd’hui. Maintenant, pour ce qui est du poème Síncopes d’Alan, il faut bien préciser, pour qu’il n’y ait pas de malentendu, que je n’en ai jamais été le traducteur. C’est Alba Marina Escalón, une amie traductrice vivant au Guatemala, qui me l’a envoyé aux alentours de 2009 pour connaître mon avis sur ce genre de littérature. Ce qu’elle a réussi à faire de manière exceptionnelle, c’est à rendre cette poésie se réclamant de Nine Inch Nails dans sa crudité la plus grande, sa puissance viscérale extrême, sans jamais chercher à la vêtir françaisement de Philippe Jaccottet ou de Yves Bonnefoy. Très loin de vouloir rendre son incorrection plus présentable, elle a sorti de ses manches un lexique volontiers familier, argotique, populaire, sans peur aucune de la potentielle « saleté » du texte à l’arrivée. Pas question pour elle de « laver » – « purifier » pour ainsi dire – ce qui s’est écrit dans un contexte d’après-guerre – après trente-six années de guerre civile entre l’État fasciste militaire (ami des États-Unis d’Amérique et de l’État d’Israël) et la guérilla marxiste armée. Quand j’ai, pour ma part, travaillé sur le livre « Rage / Rabia » de la poète Regina José Galindo en 2020 (livre paru aux éditions Les Lisières de Maud Leroy), j’ai dû également rechercher une certaine rugosité de la langue dans un esprit que l’on peut sans doute qualifier de rock, en un sens, ou même punk – pourquoi pas ? C’est une réalité générationnelle que les poètes dont nous parlons – Regina, Alan Mills, Luis Miguel Hermoza, Hector Hernández Montecinos, Javier Payeras, Javier Flores et bien d’autres – ont grandi avec Nirvana, Rage Against the Machine et Nine Inch Nails – pas uniquement Octavio Paz, Pablo Neruda, Asturias. Quand vient l’heure de rendre en français ces écrits, il faut chercher quelque chose de vivant, coupant, nerveux au niveau de la scansion, de la gnaque métrique, et, pour ce qui est des options lexicales, bien sûr veiller à ne pas redouter la crudité (plus proche en un sens de Bukowski que de Bruno Doucey) quand elle est manifestement nécessaire. L’énergie rock dont vous parlez, je crois qu’elle est sans doute lovée dans cette pulsation physique, palpable, qui se déploie au moment d’oraliser cette forme de littérature. Pour ne pas foutre en l’air ce qui s’est écrit de saignant là-bas, il faut bien la faire transpirer un peu, la langue de Marcel Proust. Pas seulement la présenter sous plus ses beaux atours, aller puiser dans les bas-fonds d’Artaud pour que ça donne les frissons, que ça crie. Mais je crois que résumer toute l’anthologie au seul mot « rock » pourrait également sembler caricatural. Il existe d’autres sensibilités ici, aussi. D’autres tempéraments, bien d’autres. Et quand on lit Humberto Ak’abal ou Roberto Sosa, on découvre aussi d’infinies douceurs…
GR : Le recueil est défini dans la préface comme « un livre de révolte » qui met en avant luttes, mémoire coloniale et justice sociale. Comment avez-vous équilibré la fidélité au ton politique et la nécessité, parfois, d’adoucir ou d’expliciter des références historiques peu connues du lectorat francophone ?
LB : Lorsque nous avons présenté le livre à la librairie Transit, à Marseille, qui a plutôt comme axe militant les questions palestiniennes ou africaines, la personne chargée d’animer la rencontre m’a confié, à la fin de la soirée, qu’elle avait appris plusieurs éléments historiques grâce au livre ; elle avait surtout tissé plus d’un lien entre le sort des peuples qu’elle connaît davantage et ce qu’avaient subi les populations massacrées d’Amérique latine. Entre les Mayas bombardés par le fascisme guatémaltèque (à l’aide d’armes souvent israéliennes) et les Palestiniens de Gaza tués par milliers, elle identifiait des ressemblances, tout en nous avouant qu’elle avait eu peu connaissance de ces similarités précédemment. De même, les nombreuses séquestrations, tortures à mort, assassinats dont nous parlions faisaient écho en elle à ce qui s’était passé en Algérie dans les années 90, et, bien avant cela, au cours de la guerre coloniale. Affirmons-le de manière claire : l’enjeu du livre Fuego del fuego n’est pas uniquement poétique. Si la maison d’édition militante Les Étaques a décidé de faire paraître un tel livre, c’est aussi parce qu’il constitue un recueil important de témoignages historiques. Lorsque nos yeux se posent sur l’ultime poème déchirant de Javier Sicilia, par exemple, ils ne découvrent pas seulement un « objet » littéraire dont on pourrait analyser la forme et les éventuelles figures de style dans l’esprit du bac de français ou d’un CAPES de littérature ; nous sommes avant tout bouleversés humainement par ce qui est arrivé à cet homme dont le fils a été brutalement arraché par un cartel de la drogue.
Propos recueillis dans le cadre d’un entretien plus large, à découvrir dans sa version complète en cliquant sur le bouton ci-après.
À lire…
Fuego del fuego
Ma tribu
(extrait)
La terre est la même
le ciel est autre.
Le ciel est le même
la terre est autre.
De lac en lac
de bois en bois :
quelle est ma tribu ?
– je me demande –
quel est mon lieu ?
J’appartiens peut-être à la tribu
de ceux qui n’ont pas de tribu ;
à la tribu des moutons noirs ;
ou à une tribu dont les ancêtres
viennent du futur :
une tribu encore à venir.
Mais si je dois appartenir à une tribu
– me dis-je –
que cette tribu ait une grandeur,
que ce soit une tribu forte,
dans laquelle rien ni personne
ne soit placé au ban de la tribu,
dans laquelle tous les êtres
et toutes les choses
conservent une place sacrée.
Je ne parle pas d’une tribu humaine.
Je ne parle pas d’une tribu planétaire.
Je ne parle même pas d’une tribu universelle.
Je parle d’une tribu dont on ne peut pas parler.
Une tribu qui a toujours existé
mais dont l’existence est encore à attester.
Une tribu qui n’a jamais existé
mais dont nous pouvons attester
à cet instant même l’existence.
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