17 Mar Jean-Marie Gleize : disparition d’une voix qui a déplacé la poésie
L’écrivain, critique et enseignant Jean-Marie Gleize est mort le 12 mars 2026, à 79 ans. Figure majeure mais volontairement en marge, il aura profondément transformé la poésie contemporaine en la confrontant au réel, à ses fractures, à ses impasses.
Une trajectoire hors des cadres
Jean-Marie Gleize n’a jamais occupé le centre du jeu littéraire, mais il en a déplacé les lignes. Né à Paris en 1946, formé à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, il enseigne d’abord à Aix-en-Provence avant de rejoindre l’ENS de Lyon, où il dirige le Centre d’études poétiques entre 1999 et 2009.
Dans ce lieu devenu stratégique pour la réflexion sur les écritures contemporaines, il accompagne plusieurs générations d’auteurs et contribue à faire exister une pensée de la poésie comme champ d’expérimentation plutôt que comme genre stabilisé.
Très tôt, Gleize engage un travail critique contre les réflexes du lyrisme traditionnel. Avec la notion de « simplification lyrique », formulée dès les années 80, il cherche à débarrasser la poésie de ses automatismes rhétoriques.
Ce geste se radicalise dans les années 90 avec l’affirmation de la « littéralité ». L’enjeu n’est plus de dire le monde en images, mais de travailler au plus près de ce qui est là : fragments, documents, notations, montages. L’écriture devient un dispositif d’observation, parfois froid, souvent tendu, toujours conscient de ses propres limites.
Une œuvre en tension
De Léman à A noir, des Chiens noirs de la prose au Livre des cabanes, son œuvre se construit par blocs, reprises, déplacements. Les livres dialoguent entre eux, circulent, se répètent, se corrigent.
Dans ses derniers textes, notamment Dans le style de l’attente ou Je deviens (séances), cette logique s’intensifie : l’écriture avance par fragments, hantée par la mémoire, traversée par les morts, attentive aux formes de résistance, même minimes. Chez Gleize, écrire reste une manière d’agir — sans illusion, mais sans renoncement.
Parallèlement à ses livres, il joue un rôle décisif dans la vie littéraire. La revue Nioques, fondée en 1990, devient un espace central pour les écritures expérimentales. Avant elle, Acid(e) et la collection « Niok » avaient déjà contribué à structurer un réseau exigeant, souvent en dehors des circuits dominants.
Jean-Marie Gleize laisse une œuvre dense, parfois difficile, mais toujours en prise avec son temps. Une œuvre qui ne cherche ni à séduire ni à rassurer, et qui continue, après sa disparition, de travailler la langue de l’intérieur.
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