17 Mar Sauver Gwenved : préserver l’héritage vivant de Kenneth White
Sur la côte de granit rose, à Trébeurden, face à l’horizon de la Manche, se trouve une maison discrète qui a pourtant marqué l’histoire de la littérature contemporaine. C’est là que le poète et essayiste franco-écossais Kenneth White a vécu et travaillé pendant plus de quarante ans. Baptisée « Gwenved », cette maison bretonne n’était pas seulement un lieu de résidence : elle fut un véritable laboratoire intellectuel d’où s’est déployée une œuvre singulière, ouverte sur les paysages, les voyages et la pensée du monde.
Une maison au cœur d’une œuvre
Depuis la disparition de l’écrivain en 2023, l’avenir de cette maison suscite l’inquiétude. Kenneth White avait exprimé le souhait que Gwenved devienne une résidence pour écrivains et artistes, un espace de création et de recherche fidèle à l’esprit qui anima toute sa vie. Mais aujourd’hui, des complications juridiques liées à la succession font planer la menace d’une vente. Pour beaucoup de lecteurs et de chercheurs, ce serait la disparition d’un lieu profondément lié à l’œuvre de l’auteur.
La géopoétique, une pensée du monde
Car la pensée de Kenneth White dépasse largement le cadre de la poésie traditionnelle. Fondateur de l’Institut international de géopoétique en 1989, il a développé la notion de géopoétique, une démarche intellectuelle visant à renouer le lien entre l’être humain, la culture et la planète. À travers ses essais, ses récits et ses poèmes, White a proposé une manière nouvelle d’habiter le monde, attentive aux espaces, aux rivages et aux lignes de force de la Terre.
Cette vision traverse toute son œuvre. Dans ses livres comme La Maison des marées, le paysage n’est jamais un simple décor : il devient un partenaire de pensée. La mer, les falaises, les vents atlantiques nourrissent une écriture qui cherche à élargir l’horizon de la culture occidentale. Dans un de ses poèmes, il écrit :
« Je marche vers la mer ouverte
avec dans la tête
un vieux rêve de monde blanc,
clair comme un matin de vent. »
Ces lignes résument l’élan de son travail : sortir des frontières étroites, retrouver une respiration cosmique. Kenneth White a ainsi influencé de nombreux écrivains, philosophes et artistes à travers l’Europe et bien au-delà. Son œuvre, traduite dans plusieurs langues, explore aussi bien les paysages d’Écosse que les rivages de Bretagne, les déserts d’Amérique du Nord ou les chemins de l’Asie.
Gwenved, un lieu à préserver
Dans ce contexte, la maison de Trébeurden représente bien plus qu’un simple bâtiment. Elle abrite une bibliothèque importante, des archives, des carnets de travail et l’atmosphère même dans laquelle cette pensée s’est élaborée. Pour ceux qui connaissent l’œuvre de White, Gwenved est un point d’ancrage, un lieu où la littérature, la philosophie et le paysage se rejoignent.
C’est pourquoi une mobilisation s’organise aujourd’hui pour préserver cette maison et en faire la résidence d’artistes souhaitée par le poète. Le projet permettrait d’accueillir écrivains, chercheurs et créateurs venus poursuivre ce dialogue entre culture et géographie qui fut au cœur de sa démarche.
Une pétition appelle ainsi à sauver Gwenved et à respecter la volonté de l’auteur. Elle peut être consultée et signée ici :
Préserver la maison de Kenneth White, ce n’est pas seulement protéger un lieu de mémoire. C’est maintenir ouvert un espace de pensée et de création, fidèle à l’esprit d’un écrivain qui invitait chacun à « rouvrir le monde » et à retrouver, au-delà des frontières culturelles, la grande respiration de la Terre.
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