05 Mai Poètes et compositeurs, à vos maquettes : ZOOM passe en deuxième édition
La Sacem, le Printemps des Poètes et la Maison de la Poésie relancent leur programme de création croisée. Jusqu’au 29 mai, poètes publiés et sociétaires de la Sacem peuvent candidater pour former cinq duos et composer, ensemble, des œuvres inédites à présenter en octobre à Paris. Un appel à projets qui mise sur la friction créative plutôt que sur la performance.
Faire se rencontrer un poète et un auteur-compositeur, leur demander de créer ensemble quelque chose qui n’existe pas encore — et de le défendre sur scène. C’est, en résumé, ce que propose la deuxième édition du programme Fusion poésie/musique, porté par la Sacem, le Printemps des Poètes et la Maison de la Poésie – Scène littéraire. Les candidatures sont ouvertes depuis le 4 mai et se ferment le 29 mai 2026.
Le principe est simple, l’enjeu moins : cinq binômes seront constitués par un jury de professionnels issus du monde des lettres et de la musique. Chaque duo devra produire un poème inédit et une composition musicale originale — quatre minutes, pas plus. Les maquettes finalisées seront attendues mi-septembre, avant une restitution publique le 7 octobre 2026 à la Maison de la Poésie, à Paris.
Ce que la première édition a prouvé
Sept poètes, lors de la première édition lancée en septembre 2025, ont travaillé en binôme avec sept sociétaires de la Sacem, faisant fusionner leurs imaginaires pour créer sept œuvres alliant poèmes inédits et compositions musicales inédites. La soirée de restitution à la Maison de la Poésie, réunissait également Clara Ysé, qui avait présidé le jury, et le lauréat du Prix Andrée Chedid 2025.
Cette première édition a démontré la viabilité du format : des œuvres courtes, conçues dans la contrainte et la collaboration, présentées devant un public. L’ambition affichée est d’offrir un espace de croisement des pratiques artistiques, une façon de faire dialoguer deux arts qui ont toujours entretenu une proximité, mais qui, ici, inventent ensemble.
Les règles du jeu
Pour la deuxième édition, les critères d’accès sont clairs : côté poésie, il faut avoir publié au minimum deux recueils à compte d’éditeur. Côté musique, être sociétaire de la Sacem suffit — les poètes également inscrits à la Sacem comme compositeurs peuvent postuler des deux côtés. La composition devra être conçue pour deux instruments maximum, dont un clavier mis à disposition par la Maison de la Poésie. L’ordinateur est autorisé en appoint. En revanche, un point est non négociable : l’IA générative est explicitement exclue du processus créatif. Les œuvres doivent être faites à la main, au sens propre.
Les dossiers de candidature — lettre d’intention, CV, cinq textes ou cinq fichiers MP3 selon le profil — sont à envoyer à partir du lien en fin d’article. La disponibilité le 7 octobre est impérative : en cas d’empêchement, le duo est retiré du programme et les éventuelles prises en charge remboursées.
La contrepartie financière reste modeste — 185 € brut par lauréat à l’issue de la restitution — mais les candidats hors région parisienne bénéficient d’une prise en charge transport et hébergement pour la soirée. Ce n’est pas un programme de résidence longue : les binômes travaillent à distance, organisent leur création comme bon leur semble, sans budget de production garanti.
Un dispositif à prendre au sérieux
Ce type de programme tranche avec les formats habituels où poésie et musique se côtoient sans vraiment se contaminer. Ici, la contrainte est structurelle : un seul poème, une seule composition, un duo imposé par un jury extérieur. Les résultats de la première édition — dont un extrait du duo Ada Mondès et Hugues Tabar-Nouval, intitulé Les Déserteurs, est visible en ligne en cliquant ici — montrent que l’exercice peut produire quelque chose d’authentiquement hybride, ni lecture accompagnée ni chanson à texte.
Le programme s’inscrit par ailleurs dans une relation ancienne entre le Printemps des Poètes et la Sacem, qui se manifeste également chaque année à travers le Prix Andrée Chedid du poème chanté. Créé en 2008 par le Printemps des Poètes, avec le soutien d’Andrée et de Matthieu Chedid, ce prix invite les sociétaires de la Sacem à mettre en musique un poème, renouant dans un esprit novateur avec la tradition du poème chanté. Pour l’édition 2025, le texte mis en jeu était signé par Laurence Vielle, dont l’écriture engagée combat les principes d’inertie et appelle à l’incarnation.
Deux dispositifs, donc, qui procèdent d’une même conviction : que la rencontre forcée peut générer ce que ni la poésie seule ni la musique seule ne produirait. Reste à voir ce que les binômes 2026 en feront.
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