Victor Hugo : retour en prime time

Photo : © DR

Avec un nouvel épisode des Docs de La Grande Librairie, France 5 remet Victor Hugo au centre de l’écran. Pas le buste scolaire, ni l’icône poussiéreuse : l’écrivain total, le poète politique, le romancier des foules, l’homme d’exil dont l’œuvre continue de travailler notre présent.

Il faut parfois la télévision pour rappeler une évidence que l’école a trop bien rangée : Victor Hugo n’est pas un monument, c’est un volcan. Le 3 juin, Les Docs de La Grande Librairie lui consacrent un portrait de 90 minutes sur France 5, également proposé dès le 29 mai sur france.tv. Un format taillé pour reprendre Hugo par le mouvement : les livres, la politique, les deuils, l’exil, la colère, la scène publique.

La collection créée par François Busnel a déjà traversé Flaubert, Balzac, Virginia Woolf, Colette, Maupassant, Yourcenar, Voltaire ou Jack London. Avec Hugo, elle s’attaque à plus qu’un auteur : un continent. Romans, théâtre, poésie, pamphlets, discours, dessins — l’homme a occupé tous les postes de la littérature, comme s’il refusait de laisser un seul genre dormir tranquille.

Un écrivain qui déborde la littérature

L’intérêt de ce documentaire sera moins de célébrer Hugo que de le remettre en circulation. Trop souvent, son nom sert d’étiquette patrimoniale : Les Misérables, Notre-Dame de Paris, deux ou trois citations gravées dans le marbre national. Or Hugo n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il dérange : contre la peine de mort, contre la misère, contre l’écrasement des faibles, contre le pouvoir quand il bascule dans l’autoritarisme.

Le film convoque notamment Dan Franck, Maylis de Kerangal, Valérie Zenatti, Sébastien Spitzer, Judith Perrignon et Jean-Marc Hovasse, l’un des grands spécialistes de l’écrivain. Ce casting dit quelque chose de l’enjeu : ne pas enfermer Hugo dans le commentaire universitaire, mais le faire passer par des voix d’aujourd’hui, des écrivains, des lecteurs, des passeurs.

L’exil comme poste d’observation

Hugo devient vraiment Hugo lorsqu’il perd le confort de la place officielle. Jersey, Guernesey : l’exil n’est pas seulement une sanction politique, c’est une chambre d’écho. Là, l’écrivain transforme l’éloignement en puissance de feu. Il écrit contre Napoléon III, contre l’injustice, contre l’oubli. Il comprend que la littérature peut être une arme sans cesser d’être une forme.

C’est sans doute là que le documentaire a sa meilleure carte à jouer : montrer que Hugo n’a jamais séparé la phrase du monde. Chez lui, l’image, le rythme, la colère et la compassion avancent ensemble. Ce n’est pas un supplément moral ajouté à l’œuvre ; c’est son moteur.

Un classique, vraiment ?

Rendre hommage à Hugo comporte un risque : l’embaumer une fois de plus. Mais le choix des Docs de La Grande Librairie peut aussi produire l’inverse : rappeler qu’un classique n’est pas un auteur mort, mais un auteur qui résiste à l’usure. Hugo tient parce qu’il parle encore à nos contradictions : la pauvreté, la prison, l’exil, l’enfance abandonnée, le peuple regardé de haut, la République menacée par ses propres lâchetés.

Dans un paysage médiatique où la littérature se voit souvent réduite à la nouveauté de la semaine, consacrer une soirée à Hugo n’a rien d’un geste passéiste. C’est une manière de remettre du temps long dans l’actualité. Et de rappeler qu’un écrivain peut peser dans la langue, dans l’imaginaire, dans la politique sans jamais en demander la permission.

Ce soir-là, France 5 rouvre un dossier brûlant : que peut encore la littérature quand elle refuse de rester à sa place ?

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