Quand la poésie branche les amplis : les cinq duos ZOOM 2026

Photo : DR

La Sacem, le Printemps des Poètes et la Maison de la Poésie ont rendu leur verdict : cinq binômes poètes/auteurs-compositeurs vont travailler ensemble à des créations inédites, présentées le 7 octobre 2026 à la Maison de la Poésie, à Paris. Un dispositif bref, concentré, qui mise sur la collision plutôt que sur la cohabitation.

Il existe deux façons de marier poésie et musique. La première, la plus fréquente : on habille le poème, on lui met une nappe sonore, on espère que la beauté des mots suffira à faire illusion. La seconde, bien plus risquée : on oblige les deux formes à se modifier mutuellement, au risque que l’une ou l’autre ne survive pas à l’opération.

ZOOM a clairement choisi le deuxième camp. Le programme Fusion poésie/musique, lancé en septembre 2025 par la Sacem, le Printemps des Poètes et la Maison de la Poésie – Scène littéraire, repose sur une contrainte apparemment simple : un poème inédit, une composition originale, un duo, quatre minutes de maquette. Pas de rhétorique sur l’interdisciplinarité. Un protocole, presque sec.

Le palmarès 2026

Le jury de cette deuxième édition, présidé par Mathias Malzieu et composé d’Adeline Baldacchino, Linda Maria Baros, Olivier Chaudenson, Brice Homs et Marie Jeanne Serrero, a retenu cinq duos :

– Selim-a Atallah Chettaoui, poète, et Cécile Andrée, auteure-compositrice
– Florian Bardou, poète, et Laura Grenier, auteure-compositrice
– Murièle Camac, poète, et Romain Watson, auteur-compositeur
– Emanuel Campo, poète, et Solène Comsa, auteure-compositrice
– Julie Nakache, poète, et Elliott “Yotel” Weill, auteur-compositeur

Ce que dit ce casting

Quatre minutes, c’est court. Trop court pour se cacher derrière l’intention. C’est aussi ce qui rend le dispositif intéressant : il oblige à trancher vite, à ne pas tourner autour du pot.

Ce qui frappe à la lecture de la sélection, c’est que personne ici n’arrive les mains vides. Selim-a Atallah Chettaoui travaille déjà aux croisements — scène, langues, intermédialité, performance. Emanuel Campo vient d’une poésie foncièrement orale, rythmique, construite pour la présence physique autant que pour la page. Du côté musique, Solène Comsa n’est pas là pour accompagner : violoncelliste, compositrice, multi-instrumentiste, elle construit des architectures sonores qui ont leur propre logique et leur propre résistance. Romain Watson, chanteur-auteur-compositeur, défend une pop narrative qui ne fait pas de la poésie un décor.

Ces rencontres pourraient bien produire de l’inconfort. Et c’est exactement là où les choses deviennent utiles.

Un accélérateur

ZOOM n’a pas vocation à couronner une œuvre déjà accomplie. Il crée une situation : un cadre, une contrainte, un partenaire, une date. Dans un paysage où la diffusion de la poésie reste structurellement fragile, ça n’a l’air de rien, et pourtant c’est décisif. Une bonne fusion ne dissout pas les matières : elle les rend plus nerveuses. Le défi n’est pas de produire quelque chose de beau — c’est de produire quelque chose d’un peu inconfortable pour les deux parties.

Rendez-vous le 7 octobre 2026 à la Maison de la Poésie pour savoir si le poème y gagne en tension et si la musique accepte d’y perdre un peu de sa tranquillité.

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