02 Juil Prix Apollinaire 2026 : neuf livres, deux prix et une ligne de crête
Le jury du Prix Apollinaire a livré sa sélection finale 2026 : cinq recueils pour le grand prix, quatre pour la Découverte. Verdict le 2 novembre aux Deux Magots. Entre voix confirmées et écritures en prise directe avec le corps, la mémoire, le territoire ou la scène, cette dernière ligne droite dessine un paysage très net : la poésie contemporaine ne se replie pas, elle attaque par les côtés.
Le Prix Apollinaire a arrêté sa sélection finale 2026. Dans la course principale figurent Claudine Bohi avec Passage secret (La rumeur libre), Guillaume Decourt avec Harmonica, etc. (La Table ronde), Julie Delaloye avec S’il reste une voix (Cheyne éditeur), Benoît Reiss avec Vers les jardins de Kew (Gallimard) et Laurence Vielle avec Les vies de Jésus (Abrapalabra).
Côté Découverte, quatre titres restent en lice : Julie Gaucher, Les vieilles (Nos accointances), Éléonore Ghiuritan, En pièces (LansKine), Johanna Hess, Ys (La Crypte) et Hortense Raynal, Botte de foin (Cambourakis). La remise des deux prix aura lieu le 2 novembre 2026 aux Deux Magots, sous la présidence de Jean-Pierre Siméon, avec Linda Maria Baros au secrétariat général.
Une finale sans étiquettes
Cette sélection a le mérite de ne pas dessiner une école unique. Les cinq ouvrages retenus avancent chacun sur leur terrain, sans manifeste commun ni effet de génération.
Claudine Bohi poursuit une œuvre attentive aux seuils de la parole et aux mouvements intérieurs. Guillaume Decourt travaille quant à lui une poésie où l’humour, le rythme et la culture populaire viennent souvent bousculer les formes établies. Avec S’il reste une voix, Julie Delaloye s’inscrit dans une veine plus méditative, attentive aux traces laissées par les êtres et les paysages.
Benoît Reiss choisit l’itinérance. Son recueil traverse les jardins londoniens de Kew comme on parcourt un carnet de voyage poétique. Laurence Vielle, enfin, poursuit son dialogue avec l’oralité et le quotidien dans un livre qui revisite librement la figure de Jésus, loin des représentations figées.
Difficile de dégager un favori tant les démarches diffèrent. Mais c’est précisément ce qui rend cette sélection stimulante : elle donne à voir plusieurs manières contemporaines d’habiter la langue.
La Découverte confirme une nouvelle génération
La sélection du Prix Apollinaire Découverte apparaît particulièrement solide cette année.
Avec Les vieilles, Julie Gaucher dont fait entendre des voix souvent reléguées hors du champ de la visibilité sociale. Éléonore Ghiuritan livre avec En pièces un texte de grande intensité, où le corps devient un territoire de confrontation et de reconstruction.
Johanna Hess, connue pour son travail de comédienne et de metteuse en scène, déploie dans Ys une écriture traversée par le mythe et la théâtralité. Quant à Hortense Raynal, elle ancre Botte de foin dans des paysages ruraux qui deviennent matière à réflexion sur la transmission, le travail et l’appartenance.
Cette sélection Découverte confirme un phénomène observé depuis plusieurs années : les premiers ou seconds livres de poésie ne cherchent plus à s’inscrire dans une tradition unique. Ils circulent entre récit, performance, enquête intime, mémoire familiale ou réflexion sociale, avec une liberté de ton qui renouvelle profondément le paysage poétique.
À quatre mois du verdict, une chose est déjà acquise : cette finale 2026 offre un instantané particulièrement vivant de la poésie francophone actuelle. Une poésie qui ne cherche pas le consensus mais qui continue d’explorer, livre après livre, de nouvelles façons de faire face au monde.
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