23 Juil MidiMinuitPoésie à Nantes du 10 au 16 octobre
Informations pratiques
10 au 16 octobre
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Organisation :
Maison de la Poésie de Nantes
14 rue de Briord – 44000 Nantes
– 02 40 69 22 32
Du marathon de lectures aux performances électro, des voix américaines aux scènes marocaines, MidiMinuitPoésie revient à Nantes du 10 au 16 octobre avec une programmation qui prend la poésie là où elle se fabrique aujourd’hui : dans les corps, les langues, les luttes et les croisements artistiques. Plus qu’un festival, un laboratoire où le poème cesse d’être un objet pour redevenir un geste.
On continue souvent de parler de poésie comme d’un territoire à préserver. MidiMinuitPoésie préfère en faire un terrain d’expérimentation.
Depuis plusieurs années, le festival imaginé par la Maison de la Poésie de Nantes construit une identité singulière dans le paysage littéraire français : ici, les lectures dialoguent avec l’électro, le jazz, les créations sonores, le dessin ou la performance. Les auteurs ne viennent pas simplement présenter un livre ; ils mettent leur écriture à l’épreuve d’autres disciplines.
L’édition 2026, organisée du 10 au 16 octobre, poursuit cette ligne avec une programmation particulièrement cohérente, où chaque proposition semble répondre à une même question : que peut encore faire un poème lorsqu’il quitte la page ?
Regarder le présent en face
Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont les textes abordent le réel sans passer par le commentaire politique direct.
Les questions de race, de genre, de handicap, d’héritage colonial, de désir ou de maternité traversent les œuvres sans jamais devenir des slogans. La poésie y apparaît comme une manière de déplacer le regard plutôt que de délivrer un discours.
L’autrice américaine Lillian-Yvonne Bertram, dont Argent négatif paraît en français cette année, explore les biais inscrits dans les systèmes économiques et numériques. Douce Dibondo poursuit son travail de déconstruction des violences sociales et raciales. Laura Lutard interroge la mémoire coloniale tandis que Zoé Besmond de Senneville transforme son expérience de la surdité en matière poétique.
Autant d’écritures qui montrent que le poème n’est pas une échappatoire au monde mais une autre façon de le regarder.
Une traversée de douze heures
Le cœur du festival reste ce marathon devenu sa signature.
Du déjeuner jusqu’à minuit, le Lieu Unique enchaîne lectures, concerts, performances, débats et créations inédites. On y passe d’une lecture bilingue à une improvisation électronique, d’une conversation sur l’autofiction à une performance sonore, sans rupture de ton.
Cette circulation permanente évite l’effet catalogue. Elle construit un rythme. Chaque proposition prépare la suivante.
Le choix des artistes en témoigne : Amandine Dhée, Gabriel Gauthier, Nana Quinn, Olivier Brossard, Colyne Morange, Laura Lutard, MAM6K, Éric Pifeteau ou encore Anne-Laure Lejosne et Izabela Matoš composent un paysage où les écritures dialoguent autant qu’elles se répondent.
Marie NDiaye, un des grands rendez-vous
Parmi les temps forts annoncés, la lecture-concert de Marie NDiaye avec la pianiste Christine Wodrascka occupe une place particulière.
À partir de Ma Chérie, publié cette année à L’Arbre vengeur, la romancière donne voix à un texte où l’emprise psychologique s’installe dans les inflexions mêmes du langage. Le piano n’accompagne pas la lecture : il la contredit, la prolonge, la fissure.
Cette rencontre entre littérature et improvisation musicale résume assez bien l’esprit du festival : faire entendre les textes autrement.
Une scène qui s'ouvre largement
L’autre réussite de MidiMinuitPoésie tient à sa curiosité.
Le festival accueille des artistes venus des États-Unis, du Canada ou du Maroc sans transformer cette diversité en argument marketing. Les circulations sont concrètes : partenariats avec les Instituts français au Maroc, échanges européens, résidences, traductions, collaborations radiophoniques.
La présence de Khalid El Morabethi, Gaouta, Pauline Gompertz ou encore du plateau RadioChange rappelle que la poésie contemporaine s’écrit aujourd’hui dans plusieurs langues, plusieurs traditions et plusieurs espaces sonores.
Cette édition possède aussi une portée symbolique.
La Maison de la Poésie de Nantes prépare sa transformation avec l’ouverture, prévue en 2028, d’un lieu entièrement repensé : bibliothèque modernisée, café-scène, espaces d’ateliers et résidences d’artistes. Pendant les travaux, la programmation continue hors les murs, faisant de la ville elle-même un prolongement du festival.
MidiMinuitPoésie 2026 devient ainsi une édition de transition. Non pas un entre-deux, mais la démonstration qu’une institution peut évoluer sans perdre ce qui fait sa singularité : une confiance intacte dans la puissance des écritures contemporaines.
Plutôt que d’empiler les lectures, MidiMinuitPoésie dessine finalement une cartographie de la poésie actuelle. Une poésie qui traverse les disciplines, refuse les frontières esthétiques et assume pleinement d’être une pratique vivante. Dans un paysage littéraire souvent tenté par le repli, le festival nantais choisit le mouvement. Et c’est probablement sa meilleure idée.
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