Le Paris des poètes

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Le Paris des poètes
Gilles Plazy – Éditions Alexandrines

Nous passions devant ce temple de la République alors qu’y entrait un groupe de lycéens. Je demandai à Ariane de les suivre, curieux de savoir si y étaient présents quelques poètes. J’en trouvai deux parmi une dizaine d’écrivains plutôt manieurs de discours ou de narration et ne m’étonnai pas de la consécration posthume du géant Hugo.

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Il existe des livres qui donnent envie de s’asseoir pour lire. D’autres obligent presque à sortir. Le Paris des poètes, de Gilles Plazy, appartient à cette seconde catégorie. À peine refermé, il donne envie de reprendre la ville à pied, de lever les yeux vers une façade oubliée, de ralentir devant une plaque discrète, de vérifier si un vers ne flotte pas encore au coin d’une rue.

Publié aux éditions Alexandrines, l’ouvrage repose sur une idée aussi simple que féconde : Paris n’est pas seulement la ville où les poètes ont vécu. C’est une ville qu’ils ont transformée. Chaque génération y a laissé une empreinte invisible, une manière nouvelle d’habiter un quartier, un pont, un jardin ou un café. La capitale devient ainsi moins un décor qu’une mémoire en mouvement.

La ville sous les mots

Gilles Plazy connaît cette géographie intime. Journaliste, écrivain et poète, déjà auteur d’un Paris surréaliste, il ne cherche pourtant jamais à faire étalage de son érudition. Son savoir reste léger. Il préfère raconter une anecdote, suivre un itinéraire, faire surgir une présence. Au fil des pages, les siècles se superposent sans jamais se figer. Les poètes cessent d’être des noms gravés dans le marbre pour redevenir des silhouettes qui traversent encore la ville.

Le pari aurait pourtant pu tourner au catalogue patrimonial. Vingt-trois poètes, autant de lieux emblématiques : le risque était celui d’un guide littéraire appliqué, ponctué de plaques commémoratives et de souvenirs obligés. Gilles Plazy prend le chemin inverse. Il ne compose ni un inventaire ni un pèlerinage. Il invite à une promenade où chaque détour ouvre une histoire, où chaque adresse devient le point de départ d’une rencontre.

Cette liberté fait la force du livre. Plazy ne cherche ni l’exhaustivité ni la démonstration. Il avance à son rythme, choisit ses haltes, laisse dialoguer les époques. Paris apparaît alors comme un immense palimpseste où les couches du temps ne s’effacent jamais complètement. Sous le bruit des terrasses, le mouvement des boulevards ou les vitrines d’aujourd’hui, persistent d’autres voix, d’autres regards, d’autres façons d’habiter la ville.

Un plan de Paris qui n'est sur aucune carte

Le plus remarquable est sans doute que cette mémoire ne verse jamais dans la nostalgie. Il n’est pas question ici de célébrer un prétendu âge d’or de la poésie parisienne. Les pierres conservent des traces, mais elles continuent aussi d’accueillir de nouvelles présences. La littérature n’enferme pas la ville dans son passé ; elle lui permet de rester vivante.

On referme ainsi Le Paris des poètes avec l’impression que Paris s’est discrètement déplacé. Les mêmes rues paraissent différentes, les façades plus bavardes, les places moins familières. Gilles Plazy rappelle, sans jamais le souligner, qu’une ville ne se résume pas à son architecture. Elle est aussi faite des mots qui l’ont traversée.

C’est sans doute la plus belle réussite de ce livre : rendre à Paris sa profondeur littéraire sans la transformer en musée. Et rappeler que les poètes ne se sont pas contentés d’y vivre. Ils continuent, aujourd’hui encore, d’en modifier le paysage pour ceux qui prennent simplement le temps de marcher.

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