Le chat du jardinier

Photo : © Pascal Ito - Editions Albin Michel
Le chat du jardinier
Thomas Schlesser – Editions Albin Michel

Il y a deux ans, La Jeune Fille à la perle de Vermeer tapissait les murs du métro. C’était la couverture des Yeux de Mona, roman feel-good d’un inconnu nommé Thomas Schlesser, vendu à un million d’exemplaires. L’historien d’art remet le couvert chez Albin Michel avec Le chat du jardinier. Même recette, nouveaux ingrédients : après la peinture, la poésie. Entre un jardinier provençal déprimé et une prof de lettres à la retraite, 80 poètes tentent de sauver un chaton condamné. Le plat a un petit goût de réchauffé.

Du cancre à Polytechnique

Thomas Schlesser a 12 ans quand il tombe par hasard sur Apollinaire. Cancre au collège, il reçoit un choc, un bouleversement. La poésie le sauve. « Je peux témoigner du fait que la poésie peut vraiment sauver la vie quand on va mal. » Depuis, il lit un poème par jour. « C’est une excellente hygiène de vie. »

Le cancre fait ensuite de brillantes études : doctorat en Histoire et civilisations décerné par l’EHESS, spécialiste reconnu de Gustave Courbet, capable de décrire avec érudition une truite aux écailles d’argent. À 48 ans, il cumule : directeur de la Fondation Hartung-Bergman à Antibes, professeur à Polytechnique.

Petit-fils d’André Schlesser (chanteur, ex-gamin des rues, fils d’une gitane, fondateur du cabaret l’Écluse et ami de Barbara), il a un côté saltimbanque. Il adore réciter des poèmes par cœur. Son attachée de presse raconte comment, lors d’un pot chez Albin Michel, il s’est mis à déclamer des vers devant une assemblée médusée.

Louis, Thalie, et 80 poètes

Dans Le chat du jardinier, ce don passe à Thalie, professeure de français à la retraite. Elle ouvre à la vie son voisin Louis, jardinier taiseux et hypersensible, bouleversé par la maladie potentiellement mortelle de son chaton. Ses oliviers ont été ravagés par un orage. Il plonge dans une « souffrance muette ».

Thalie lui propose un pacte : Louis soignera son jardin, elle l’initiera à la poésie. Autour de verres de pastis, elle déroule 80 poètes. Verlaine, Césaire, Baudelaire, Gaspara Stampa, Sappho, Rimbaud, Pessoa, Neruda. Pas de cours chronologique. La poésie comme engrais, comme soin. « Les êtres de sève à qui Louis avait déclamé des vers retrouvaient leur superbe. » Les plantes écoutent la poésie.

Le syndrome du deuxième album

Le dispositif rappelle celui des Yeux de Mona : un grand-père initiait sa petite-fille de 10 ans à l’art avant qu’elle ne perde la vue. Même mécanique de transmission, même pari sur l’émotion directe. La recette a marché : 500 000 exemplaires vendus en France, traduit en 39 langues, un million de lecteurs dans le monde.

Aux États-Unis, le miracle : Mona’s Eyes s’est hissé dans le classement du New York Times avec plus de 250 000 exemplaires. Barnes & Noble l’a désigné « Book of the Year 2025 ». « Estomaqué », dit Schlesser. « Un marché horriblement difficile pour les auteurs non anglophones. »

L’engouement tient au fait qu’il « mélange la fascination pour les arts à l’universalité du thème de la transmission », explique Solène Chabanais, directrice des droits étrangers d’Albin Michel.

Résultat : Schlesser sacré « Auteur de l’année 2025 » par Livres Hebdo. Et Le chat du jardinier tiré à 150 000 exemplaires. Attentes maximales, syndrome du deuxième album garanti.

L'optimisme comme ligne éditoriale

Schlesser se réjouit du « retour en force, dans les jeunes générations, de la poésie ». Ce retour se fait par l’oralité, le slam. « Mais aussi de la poésie écrite, expérimentale, qui va certainement connaître des bifurcations incroyables avec l’intelligence artificielle », prédit-il.

Dans Le chat du jardinier les 80 poètes forment une chorale à travers les siècles. Pas de hiérarchie entre Sappho et Césaire. Le roman se veut une porte d’entrée accessible, un anti-cours de littérature.

Le pari : que les lecteurs des Yeux de Mona suivent. Qu’ils acceptent de passer de Vermeer à Verlaine, de la Jeune Fille à la perle aux « Sanglots longs des violons de l’automne ». Albin Michel y croit, qui publie simultanément une version audio chez Audiolib.

On saura rapidement si la formule fonctionne une nouvelle fois. Si les oliviers provençaux dansent aussi bien que Mona regardait les tableaux. Si les lecteurs acceptent qu’on leur serve le même plat avec une sauce différente.

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