James Noël, voix gagnante du Prix Sirène-Lapérouse 2026

Photo : © DR - Prix Sirène-Lapérouse

Le verdict est tombé : James Noël remporte le Prix Sirène-Lapérouse 2026 pour Paons. Face à trois finalistes aux écritures tendues et incarnées, le poète haïtien l’emporte avec un livre ample, traversé par l’histoire et porté par une langue qui ne contourne rien.

Une victoire qui confirme une ligne

Le Prix Sirène-Lapérouse, encore jeune mais déjà identifiable, ne dévie pas de son cap. Pour sa deuxième édition, le jury distingue une poésie qui affronte le réel plutôt que de s’en abstraire. Après Jean Pérol en 2025, James Noël s’impose avec Paons, publié au Diable Vauvert.

Le choix est cohérent avec la sélection finale : quatre livres qui avaient en commun de refuser toute neutralité. Bruno Doucey (Glaciers), Clara Ysé (Des lances entre les phalanges) et François Bétremieux (La nuit quand je te gratte le dos) formaient un trio solide, chacun travaillant une zone de tension — écologique, linguistique ou intime. Mais Paons a déplacé la ligne de force.

Le jury parle d’un poème inscrit « dans les lignes de fracture du monde contemporain ». La formule pourrait sembler attendue. Ici, elle tient.

Paons, une poésie qui déborde

Le livre de James Noël ne s’organise pas autour d’un thème, mais d’une circulation. Haïti y est centrale, mais jamais isolée : le texte déborde, traverse, relie. La violence politique, les menaces, les ruines — tout est là, mais rien n’est figé. L’écriture reste mobile, traversée par une énergie qui tient autant du chant que de la rupture.

Ce qui distingue Paons, c’est sa capacité à maintenir ensemble des régimes opposés : l’intime et le collectif, la musicalité et la dissonance, la mémoire et l’urgence. Le texte avance comme une matière vivante. Il ne documente pas, il transforme.

Dans son discours, James Noël insiste sur la nécessité du ralentissement, comme geste de résistance. L’idée n’est pas théorique : elle traverse le livre. Prendre le temps, ici, n’est pas se retirer du monde, mais tenter de le comprendre autrement, à rebours de sa vitesse et de sa saturation.

La beauté, dit-il, comme « forme suprême de combat ». La formule pourrait sonner comme un slogan. Dans Paons, elle trouve un terrain concret.

Trois autres voix, trois tensions

Face à lui, la sélection n’était pas de compromis.

Avec Glaciers, Bruno Doucey proposait une écriture du retrait et de l’effacement. Un livre construit sur la disparition — celle des paysages, mais aussi celle des certitudes — où la langue se fragmente pour mieux faire sentir ce qui s’effondre.

Clara Ysé, dans Des lances entre les phalanges, travaillait une poésie de l’impact. Une langue percussive, tendue, qui refuse le confort du lyrisme et cherche en permanence un point de déséquilibre.

François Bétremieux, enfin, avec La nuit quand je te gratte le dos, ramenait la poésie au plus près du quotidien. Le couple, l’usure, la proximité : un terrain familier, mais traité sans idéalisation, dans une écriture nerveuse, presque abrasive.

Trois livres différents, mais un même refus du lissage. C’est sans doute ce qui rend la victoire de James Noël lisible : Paons ne surplombe pas ces propositions, il les absorbe, les prolonge à une autre échelle.

Avec ce palmarès, le Prix Sirène-Lapérouse confirme son ambition : mettre en avant une poésie qui ne s’excuse pas d’exister dans le présent. Pas une poésie de retrait, mais une poésie qui agit, qui prend position, qui travaille la langue comme une matière instable.

James Noël s’inscrit dans cette ligne depuis plusieurs années. Poète, romancier, performeur, il construit une œuvre ouverte, traversée par les enjeux politiques et artistiques contemporains. Paons en est une étape dense, sans doute l’une des plus abouties.

Ce que dit ce prix, au fond, dépasse le seul livre récompensé. Il dessine un état de la poésie actuelle : une écriture qui ne cherche plus à embellir le monde, mais à en saisir les tensions, à les faire entendre — et, parfois, à les déplacer.

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