Le CoPo 2026 sacre deux voix radicalement différentes

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La Factorie — Maison de Poésie de Normandie vient de décerner ses deux Prix CoPo 2026 : Demain de Florentine Rey (Gros Textes), lauréate du jury, et Marelle de Julia Peker (L’Atelier contemporain), plébiscitée par les lycéens. Deux recueils que Strophe avait salués — et dont la reconnaissance par le CoPo confirme qu’il fallait les lire. D’un côté une poésie de l’élan et du dehors, de l’autre une plongée dans les zones d’ombre de l’enfance. Deux univers qui n’ont rien en commun, sauf d’être nécessaires.

Le Prix CoPo fonctionne à double détente : un Comité Poétique de seize membres délibère le même jour que les représentants des lycées participants pour élire chacun leur lauréat. Pour l’édition 2026, sept recueils avaient été retenus sur 140 envois reçus  — un vivier qui dit quelque chose sur la santé, relative mais réelle, de la poésie contemporaine. Les lauréates reçoivent chacune une bourse de 1000 € et une résidence d’écriture à la Factorie. 

Demain : la syntaxe comme terrain d'aventure

Poète et performeuse, Florentine Rey a choisi depuis plusieurs années de vivre au plus près d’une liberté têtue et nomade. Demain, paru en mai 2025, porte les traces de cette mobilité : l’écriture a traversé plusieurs territoires, dont Saint-Nazaire lors d’une résidence sur les chantiers navals avec le Centre de Culture Populaire. Chez Rey, la poésie se fait avec — avec les corps qui travaillent, avec les voix rencontrées. Les poèmes sont comme des écrans qui projettent des horizons tantôt joyeux, tantôt empreints d’angoisses, tous tenus par un élan vital. La forme suit : elle supprime presque toute ponctuation, non par coquetterie formelle, mais pour laisser au lecteur la liberté de respirer, de tracer son chemin. Ses textes revendiquent que la détente, la bonne humeur et la joie sont tout aussi fécondes que la souffrance. Dans une époque qui confond volontiers gravité et profondeur, c’est presque un acte de résistance — et le jury l’a reconnu comme tel.

Marelle : quand la clinique devient poème

Psychologue clinicienne et psychanalyste, Julia Peker exerce dans un centre médico-psychologique où elle reçoit enfants et adolescents. Marelle est construit sur un principe simple et vertigineux : chacun des poèmes reprend une consultation menée avec un enfant — non pour restituer un tableau clinique, mais pour rendre hommage à la singularité de chaque rencontre. C’est un livre d’alliance et d’alliage entre poésie et psychanalyse. Que des lycéens aient plébiscité ce livre — un livre qui parle d’enfants vus par une adulte qui les écoute — dit quelque chose de troublant et de beau sur la capacité de la poésie à faire miroir. Selon Jean-Louis Giovannoni, qui préface le recueil, l’écriture de Peker travaille directement avec les parts invisibles de notre psychisme, celles avec lesquelles nous envisageons le monde et notre rapport aux autres.

Que ce processus aboutisse à deux recueils aussi dissemblables — l’un tourné vers le dehors et le mouvement, couronné par des professionnels, l’autre vers le dedans et la blessure, choisi par des adolescents — dit quelque chose de juste sur ce que la poésie peut encore faire : non pas unifier, mais multiplier les façons d’être au monde, et d’y tenir.

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