Toulouse : 702 ans de violettes et ça n’a pas pris une ride

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Informations pratiques

4 mai

Toulouse
Cérémonie au Capitole sur inscription uniquement

Le 4 mai 2026, l’Académie des Jeux floraux ouvre pour la 702e fois ses portes à la poésie vivante. Entre messe occitane, adolescents en dialogue avec Van Dongen et deux nouveaux maîtres ès Jeux, la plus vieille institution littéraire d’Europe prouve qu’elle sait, à l’occasion, regarder devant elle.

Sept siècles. Pas un de moins. Née en 1323, quand sept troubadours toulousains fondèrent le Consistori del Gay Saber pour redonner voix à la langue d’oc après les ravages de la croisade contre les albigeois, l’Académie des Jeux floraux tient bon. Contre toutes les modes, tous les coups de boutoir du modernisme littéraire, tous les Paris qui ont tendance à oublier que la poésie française ne s’est pas inventée entre la Seine et la Marne. Reconnue d’utilité publique en 1923 et hébergée à l’hôtel d’Assézat, l’institution a ceci de remarquable qu’elle dure sans se figer — ou qu’elle tente de ne pas le faire.

La cérémonie du 4 mai se déroulera en trois actes distincts. Le premier, à 9h30, à la Fondation Bemberg. Le deuxième, à 11h00, à l’église de la Daurade, avec une messe en occitan — rappel que la tradition des Jeux floraux récompense chaque année les meilleures poésies en français et en occitan, les deux langues cohabitant sans hiérarchie depuis des siècles. Le troisième enfin — le plus attendu — en salle des Illustrés, au Capitole, à 16h00

Van Dongen mis en vers

C’est à la Fondation Bemberg que la séquence la plus singulière de cette édition aura lieu : la remise du Prix Victor-Hugo des jeunes poètes francophones, créé en 2025, dont le principe est simple, presque insolent de bon sens — des adolescents de 15 à 18 ans composent un poème à partir d’une œuvre de la collection. Cette année, le tableau imposé était Le Caoutchouc rouge de Kees van Dongen, une huile sur toile de 1904 représentant un acrobate en pleine contorsion, corps plié à l’extrême, geste suspendu entre l’effort et la grâce. Van Dongen était alors un jeune peintre néerlandais installé à Paris, encore loin de la mondanité qui ferait plus tard sa fortune et son ambiguïté. Matière à poème, assurément.

L’idée de faire dialoguer poésie et peinture n’est pas neuve, mais le geste pédagogique l’est davantage : le poème lauréat sera exposé à côté du tableau à partir du 4 mai, installant le texte d’un mineur — au sens légal — dans un musée, en vis-à-vis d’un fauve. Ce n’est pas rien.

Deux nouveaux maîtres

L’après-midi au Capitole verra l’accueil de deux nouveaux maîtres ès Jeux. Ce titre récompense des poètes ayant obtenu trois fleurs aux concours ou désignés pour leur prestige — Victor Hugo l’avait reçu en 1821, à 19 ans, ce qui dit l’ambition du grade.

Les deux promus 2026 sont Régine Ha-Minh-Tu, poète et plasticienne, dont un recueil, Mon jardin botanique, a été publié aux éditions Encres vives, et Stéphane Amiot, natif de Toulouse, professeur de français dans la région toulousaine, poète et romancier, déjà distingué par le Prix Touny-Lérys de l’Académie en 2023 pour son recueil Saisons de lagunage. Sa trajectoire, qui passe par la Réunion et la Corne de l’Afrique avant de revenir à Toulouse, dit une poésie ancrée dans le réel géographique, attentive aux marges.

Les deux profils illustrent bien la stratégie de l’Académie : ancrage local affirmé d’un côté, tropisme vers les arts plastiques de l’autre — comme si l’institution cherchait à élargir sa définition du poétique au-delà du vers sage et bien frappé.

Peut-on encore parler de poésie à Toulouse ?

Le Grand Prix international en langue française sera décerné à un poète breton, le Prix du Recueil d’un Jeune poète à une poétesse et dramaturge française — profil là encore double, entre écriture de plateau et écriture de page. Une cinquantaine de lauréats de moins de 25 ans recevront des prix, issus de dix établissements scolaires. L’Académie reçoit chaque année plus de 2 000 pièces, gérées par une seule salariée — ce détail, presque comique dans sa sobriété administrative, dit quelque chose de la disproportion entre le prestige de l’institution et ses moyens réels.

La vraie question que posent ces 702e Jeux floraux n’est pas protocolaire. Une académie fondée par des troubadours médiévaux, qui a couronné Lamartine et Victor Hugo avant de distinguer Alice Zeniter, Sylvie Germain ou Amin Maalouf, peut-elle encore jouer un rôle structurant dans le paysage poétique français ? La question mérite d’être posée sans fausse révérence. Le risque d’une telle institution est double : le repli sur une poésie régulariste et bien tempérée d’un côté, la démagogie de l’ouverture tous azimuts de l’autre. Le Prix Victor-Hugo pour lycéens devant un Van Dongen, c’est une bonne idée. L’entrée de plasticiens parmi les maîtres, c’est un signal.

Reste à voir si les poèmes récompensés le 4 mai tiennent debout hors du cadre solennel. La poésie, ça ne se décrète pas.

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