À la naissance des mots

Photo : © DR

On parle souvent de la naissance comme d’un moment indicible. C’est précisément là que Mathilde Toulot a choisi d’introduire des mots. Pas des mots pratiques ni des formules rassurantes, mais de la poésie — pensée, écrite et conçue pour être adressée à un tout-petit, dès ses premiers jours.

Lorsque nous la rencontrons, une évidence s’impose : À toi qui es là n’est ni un objet décoratif ni un coup éditorial. C’est un projet mûri, documenté, construit à la croisée de l’édition, de la création poétique et de l’observation clinique du tout début de la vie.

D’emblée, il est question de voix. Celle d’un parent qui lit. Celle, fragile, d’un nouveau-né qui écoute — ou plutôt qui perçoit. À toi qui es là est né de cette idée simple : à la naissance, tout n’est pas à inventer. Certaines choses peuvent être dites. Encore faut-il trouver la langue juste.

Là où les mots manquent

Tout commence par un manque. Mathilde Toulot le formule sans détour : il existe une abondante littérature pour les enfants, mais presque rien pour les nouveau-nés. Les comptines dominent, efficaces, répétitives, souvent pauvres de sens pour les adultes qui les transmettent. Or la naissance n’est pas un moment anodin — ni pour l’enfant, ni pour ceux qui l’accueillent.

Elle cherche alors autre chose. Une parole qui ne surplombe pas. Une langue qui accompagne.

La poésie s’impose naturellement, non comme un geste esthétique mais comme un outil de relation. Une langue qui accepte le silence, le trouble, la répétition. Une langue qui n’explique pas tout.

Je voulais vraiment faire un recueil de poèmes pour que les parents lisent de la poésie aux nouveau-nés. J’avais le sentiment que ça n’existait pas. »

Vérifier avant d’agir

Avant d’en faire un livre, Mathilde Toulot éprouve son intuition. Elle rencontre des chercheuses spécialisées dans le développement du fœtus et du nouveau-né. Les résultats sont établis, mais encore peu diffusés : un bébé reconnaît les textes lus pendant la grossesse ; il distingue une voix, une structure, un rythme.

Dès lors, la poésie n’apparaît plus comme une audace, mais comme une évidence.

Faire écrire, sans édulcorer

Restait une question décisive : qui peut écrire ? Et comment ?

Mathilde Toulot refuse toute simplification. Elle contacte des poètes contemporains qu’elle admire, sans leur demander d’adapter leur langue, mais en leur donnant une adresse précise : écrire pour un nouveau-né. Tous acceptent de composer des textes inédits.

Le recueil rassemble ainsi des voix diverses et affirmées :
Hélène Dorion, Valérie Rouzeau, Antoine Mouton, Albane Gellé, Pauline Delabroy-Allard, Mélanie Leblanc, Stéphane Bataillon, Sofia Farhat, parmi d’autres.

L’ensemble n’est ni homogène ni lisse. Il est volontairement pluriel. Parce qu’un parent ne se reconnaît jamais dans une seule voix.

À la lecture, une chose frappe : ces poèmes ne protègent pas l’enfant du réel. Ils l’y introduisent. La vie y apparaît comme un lieu à habiter — avec ses élans, ses chutes, ses recommencements.
« La vie, ce ne sont pas que des roses » voir la citation ci-dessous écrit Hélène Dorion dans son poème « Traversées ». Une phrase qui pourrait servir de ligne de force à l’ensemble du recueil.

Tu apprendras la rose et les épines
les vagues et le vent  la chute et l’envol
tu sauras tomber  tu sauras te relever
et recommencer
pour voir plus loin l’horizon
qui va de l’hiver au printemps
et toujours tient ses promesses.

« Je voulais une très grande variété de poèmes, pour que chaque parent trouve au moins un texte qui résonne en lui. »

Un objet à hauteur de geste

À toi qui es là est également proposé dans un coffret accompagné d’un lange en coton, conçu comme un coffret. Un choix revendiqué. Non pour sacraliser le livre, mais pour le rendre désirable, transmissible, durable. On peut l’offrir. On peut l’emporter. On peut le lire d’une main, tard le soir, dans une chambre d’hôpital.

Ici, la forme est au service de l’usage. Le papier est doux, le format souple. Rien n’est figé. Le livre circule.

Depuis quelques mois, Mathilde Toulot intervient en service de néonatologie dans un grand hôpital parisien avec ce recueil. Elle y accompagne des parents de bébés prématurés lors d’ateliers de poésie. Elle lit. Elle laisse lire.

Elle observe surtout : des silences qui se relâchent, des pères qui trouvent enfin une manière de s’adresser à leur enfant, des mots prêtés quand les leurs ne viennent pas.

La poésie agit ici sans discours. Elle ouvre simplement un espace.

Un début, pas une conclusion

Ancienne journaliste, Mathilde Toulot connaît le poids des formats, des délais, des attentes. Avec ce premier titre des Éditions Charlie Crane, elle amorce un autre rythme : une édition à hauteur d’expérience.

À toi qui es là est une première pierre. Une tentative maîtrisée, précise, tenue. Et surtout une invitation : mettre la poésie là où elle n’avait encore jamais été attendue — au tout début.

Coffret de poésie

Le recueil se décline également en un coffret-cadeau soigné, qui réunit l’ouvrage À toi qui es là et un lange Charlie Crane « Pearl Blossom ». L’ensemble compose un objet de naissance à la fois élégant et durable.

Le livre rassemble 30 poèmes inédits, écrits spécialement pour ce projet par 21 poètes et poétesses contemporains, qui explorent tour à tour la grossesse, l’accouchement et les premiers instants de vie.

L’univers visuel du recueil a été confié à l’illustratrice Maya McCallum, dont les dessins accompagnent discrètement la lecture et en renforcent la douceur.

Pas de commentaire

Postez un commentaire

#SUIVEZ-NOUS SUR INSTAGRAM
Soutenez un média indépendant

Votre contribution permet à Strophe.fr de rester libre et accessible.

Review Your Cart
0
Add Coupon Code
Subtotal