09 Fév La liberté débarque en force au Printemps des Poètes
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Du 9 au 31 mars prochain, la plus grande manifestation poétique française s’étendra pour la première fois sur trois semaines et déploiera son arsenal lyrique autour du thème « Liberté. Force vive, déployée ». Avec Isabelle Adjani en marraine et une armada d’événements dans 50 pays, l’édition 2026 entend gratter « le faux blanc » des idées formatées et dérouler le fil libre de la création.
Le volcan de l’édition 2025 n’a pas fini de cracher ses braises. Après une année tellurique qui a vu le Printemps des Poètes se réinventer sous la houlette de Linda Maria Baros, nommée à sa direction en juillet 2024, la 28ᵉ édition s’annonce comme une véritable offensive. Trois semaines au lieu de deux, un thème qui claque comme un manifeste, et des milliers d’actions prévues de Paris à Ajaccio, de Nantes à La Réunion. De quoi faire mentir ceux qui voyaient dans le choix de la liberté un thème un peu trop convenu.
Adjani, une marraine à la hauteur des enjeux
« Sa liberté, son talent et son engagement qu’elle a toujours mis au service des grandes œuvres, des grands talents et des grandes causes nous honorent », salue Emmanuel Hoog, président du Printemps des Poètes. Le choix d’Isabelle Adjani comme marraine n’est pas qu’un coup médiatique. Quintuple césarisée, habituée des lectures publiques, elle a notamment créé Les Murmures de l’âme l’été dernier, l’actrice incarne cette exigence artistique que la manifestation entend défendre.
Après la polémique Sylvain Tesson de 2024, qui avait secoué le landerneau poétique le festival affiche désormais une ligne claire : conjuguer transmission culturelle, ouverture au grand public et audace contemporaine.
Gratter le faux blanc, dérouler le fil
« Il faut, pour commencer, gratter pour enlever la première couche, le faux blanc ; pour certains, les idées formatées, pour d’autres, la peur et pour beaucoup parmi nous, les deux. Et le fil se déroule, libre. » Cette déclaration d’intention, n’est pas de la littérature creuse. Elle annonce un programme qui refuse la célébration molle, le décoratif scolaire, la poésie en cage.
Dérouler le fil libre « contre les fabricants d’ombres qui nous enseignent l’emmurement », « contre la langue de bois qui paralyse », « contre les amnésies collectives et l’histoire retaillée » : le Printemps 2026 se veut combat autant que célébration. Une posture qui résonne avec le parcours de Linda Maria Baros elle-même, poète franco-roumaine qui appelait dès 2022 dans En attendant Nadeau à former un « commando poétique » capable de « donner un nouveau visage à la poésie française ».
Un déploiement territorial massif
Les chiffres donnent le tournis : 17 millions de personnes touchées directement ou indirectement, 8 millions de voyageurs sensibilisés quotidiennement via la campagne RATP en Île-de-France, 4 millions de jeunes inondés de poésie via l’application Pass Culture, 600 Écoles en poésie de Paris à Chennai en passant par Vancouver et Shanghai.
Le dispositif s’appuie sur des partenariats tous azimuts : campagne d’affichage dans le métro parisien avec la RATP, dans les rues de la capitale avec la Ville de Paris, chez 1 600 fleuristes avec l’Union nationale des Fleuristes (opération « Les Fleurs poétisent »), dans les parkings INDIGO où résonnera l’anthologie Liberté, sur France Télévisions qui diffusera 100 numéros de Stance, son nouveau programme court consacré à la poésie.
Les temps forts à ne pas manquer
Le 9 mars, coup d’envoi à la Conciergerie avec la soirée « Propulsion », en partenariat avec le Centre des monuments nationaux. Des voix multiples de la poésie contemporaine d’expression française y détoneront, saturées de rythmes rock, avec Seyhmus Dagtekin, Jean-Michel Espitallier, Virginie Poitrasson, Jean Portante et Lisette Lombé.
Le 19 mars au Panthéon, rendez-vous exceptionnel avec Versopolis pour une « Descente poétique internationale » en immersion binaurale. Six poètes venus d’Allemagne, Argentine, Hongrie, Inde, Pologne et États-Unis feront résonner leurs vers sous les voûtes du temple républicain.
Le 20 mars, tous les élèves de France et d’ailleurs sont invités à lire à voix haute « La cage sans oiseaux » de Jules Renard pour affirmer que « la lecture est l’assise même de la culture, un rempart essentiel contre l’ignorance, l’indifférence et la haine ».
Explorer la poésie en trois actes
L’opération pédagogique phare se décline en trois volets. « Explorer la poésie. Je lis et me voici libre » propose cette lecture nationale du 20 mars. « Explorer la poésie. Liberté » croise textes et monuments emblématiques de Paris et du Centre des monuments nationaux dans une anthologie Poèmes, pensées et monuments, suivie d’un concours d’écriture dont les lauréats seront couronnés en juin à l’Arc de triomphe. « Explorer la poésie. Chasse au trésor », en partenariat avec le Nolinski Paris, transforme l’initiation poétique en jeu de piste passionnant avec remise des prix le 16 mars.
Nouveauté : le concours « L’Espace et le Rêve » lancé avec le Centre national d’études spatiales. Les poèmes gagnants seront mis en voix et en images depuis la Station spatiale internationale par une astronaute française. De quoi faire décoller les imaginaires.
Des anthologies qui font date
Les éditions Seghers publient Chemins de liberté. L’année poétique : 121 poètes d’aujourd’hui, tandis que Bruno Doucey propose Liberté – Visas pour un monde ouvert avec 120 auteurs. Le Printemps des Poètes édite quant à lui sa propre anthologie plurimédia Liberté, à la fois numérique et audiovisuelle, avec 60 textes classiques ou contemporains incarnés par des personnalités du monde des lettres, du cinéma, de la musique, de la gastronomie et du sport.
Plus de 500 auteurs mis à l’honneur au total, de Rima Abdul-Malak à Clara Ysé en passant par Nimrod, James Noël… Une cartographie mondiale de la poésie contemporaine.
Les marathons régionaux
Le festival essaime dans tous les territoires. À Rouen, du 24 au 28 mars, la Maison de la Poésie et de l’Oralité orchestre une semaine dense avec Eva Marzi, Perrine Le Querrec, Ada Mondès et des invités chiliens. À Toulouse, l’Académie des Jeux floraux propose dix soirées du 11 au 31 mars, du récital de poètes à l’exposition de poésie brodée. À Saint-Quentin-en-Yvelines, le réseau des médiathèques multiplie les formats : lecture dessinée, récital Paul Éluard, cabaret Rap Troubadours.
À Ajaccio, la Casa di a Puisia organise un marathon poétique de grand fond avec Gaëlle Fonlupt, Alexandre Gouttard, Norbert Paganelli et de nombreux auteurs d’expression corse. À La Réunion, le 14 mars, scène ouverte festive autour de Bilal Moullan au Kaloubadia de Saint-Pierre pour célébrer la poésie émergente de l’île.
Les coups de projecteur
Quelques rendez-vous sortent du lot. Le 12 mars à La Rodia de Besançon, rencontre inédite entre Laura Vazquez et Anne Paceo, en résidence transdisciplinaire avec Les Eurockéennes de Belfort. Le 17 mars au Point éphémère, première édition du cycle « Dynamos à courant poétique » avec Le Castor Astral et ses auteurs. Le 27 mars à Villers-Cotterêts, Rima Abdul-Malak et Alexandre Tharaud en poésie et musique sous le ciel lexical de la Cité internationale de la langue française.
Sans oublier les actions dans les hôpitaux (Assistance Publique, Institut Gustave Roussy avec son concours « Faites fleurir vos plumes »), les prisons, les Ehpad. La poésie ne laisse personne sur le bord du chemin.
Une saison qui ne s'arrête jamais
Car le Printemps ne dure pas qu’un mois. Tout au long de 2026, l’association poursuit sa « saison continue » avec notamment le 2ᵉ Grand Prix francophone de la poésie « Nouvelle Donne » (remise en juin en partenariat avec le Marché de la Poésie de Paris), le 18ᵉ Prix Andrée Chedid du poème chanté, le 2ᵉ Studio ZOOM poésie/musique avec la Sacem, le 24ᵉ Prix des lecteurs Lire & faire lire (remise au Grand Palais).
De janvier à décembre, via son centre de ressources en ligne — 1 million de pages consultées annuellement, 9 000 ouvrages et 1 000 éditeurs référencés —, le Printemps irrigue le paysage poétique français.
Reporters sans frontières au rendez-vous
Cohérence avec le thème : Reporters sans frontières s’associe à l’édition 2026. Un partenariat qui ancre la manifestation dans le combat pour la liberté d’expression, au moment où des journalistes et des écrivains continuent d’être emprisonnés, torturés ou tués à travers le monde pour avoir simplement réclamé le droit de vivre et de s’exprimer librement.
« Je m’entête affreusement à adorer la liberté libre », écrivait Rimbaud à Georges Izambard le 2 novembre 1870. Un siècle et demi plus tard, l’entêtement reste de mise. Et le Printemps des Poètes 2026 entend bien le faire savoir, à grands coups de vers déployés dans l’espace public.
Rendez-vous du 9 au 31 mars pour vérifier si le fil se déroule vraiment libre, ou si on reste coincés dans le faux blanc.
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