Même l’hiver a des airs de caresse

Photo : © DR
Même l’hiver a des airs de caresse
Marion Fritsch – illustré par Hadrien – Éditions La Doux

À l’approche des fêtes, Même l’hiver a des airs de caresse, signé Marion Fritsch et illustré par Hadrien, s’impose comme un recueil inattendu : un recueil à déchirer jour après jour — du 1ᵉʳ au 24 décembre — pour offrir une respiration poétique au cœur de l’hiver. Publié par les éditions La Doux, cet ouvrage de 200 pages propose chaque matin un poème inédit conjuguant lyrisme discret et graphisme soigné.

À l’origine du projet, une commande éditoriale pensée autour d’un objet familier, presque affectif. « Allier la poésie à des formes pédagogiques, accessibles, qui rappellent des souvenirs que l’on aime, me paraît être l’une des meilleures manières de transmettre », explique Marion Fritsch. Séduite par l’idée d’un calendrier de l’Avent littéraire — un objet à la fois populaire et généreux — la poète y voit immédiatement l’occasion de toucher un lectorat large, bien au-delà des seuls amateurs de poésie.

Un principe simple pour un effet prolongé

Le concept derrière Même l’hiver a des airs de caresse est limpide : rythmer l’attente de Noël dans une intensité lente, presque méditative. Chaque poème, numéroté, se découvre au fil des jours — comme un calendrier de l’Avent littéraire. Mais à la différence d’un calendrier classique, la surprise ne se dissout pas en gourmandises.

Ce format contraint à une brièveté qui valorise l’émotion spontanée, la sensation est immédiate. Le lecteur est invité à savourer un instant, une pensée, une atmosphère. Un principe qui rejoint la philosophie revendiquée par l’autrice : rendre la poésie accessible sans jamais l’appauvrir. « J’aime l’idée d’être un premier passage, que certains se disent : “Tiens, j’aime la poésie”, et aient ensuite envie d’en découvrir d’autres », confie-t-elle.

Une voix, des instants, une adolescence qui traverse les âges

Les poèmes de Marion Fritsch surgissent parfois à partir de scènes quotidiennes : l’achat d’un sapin, le pas dans la neige, la lueur d’un écran à minuit quarante-trois. Mais à travers ces gestes banals, « quelque chose glisse » : une nostalgie, un désir, une question.

L’écriture s’ancre d’abord dans l’adolescence avant de s’élargir progressivement. « Je me suis replongée dans ce moment où se croisent le passage à l’âge adulte et la charge émotionnelle de Noël, puis j’ai laissé les poèmes évoluer vers quelque chose de plus voilé, capable de traverser les générations », explique-t-elle.

Les émotions sont fraîches, immédiates et profondément humaines. Le ton, lui, mêle pudeur, tendresse, touches d’humour discret et éclats plus poignants. Certains textes résonnent comme des confidences murmurées, d’autres jouent avec les contradictions de l’adolescence, ses élans et ses doutes. Sans jamais enfermer le lecteur dans une interprétation unique : « Ce que je cherche avant tout, c’est l’émotion, que chacun puisse s’approprier les mots », souligne Marion Fritsch.

Un écrin visuel indissociable des mots

L’accompagnement graphique d’Hadrien (alias @crottinverbaux) ne se contente pas d’agrémenter le texte : il en constitue une part intégrante. Complice de longue date de Marion Fritsch, l’illustrateur et poète partage avec elle une sensibilité artistique qui se révèle pleinement dans ce projet. « Pour la première fois, j’avais vraiment le sentiment que le poème ne pouvait pas aller sans le dessin, et inversement. Le dessin ne sublime pas le poème : il en fait partie », insiste l’autrice.

Les images instaurent des respirations visuelles, prolongent l’émotion, ouvrent d’autres lectures possibles. Sur ce point, le travail éditorial de La Doux apparaît particulièrement soigné, attentif à l’équilibre entre texte et image. Ce dialogue étroit rend l’ouvrage accessible aux lecteurs peu familiers de la poésie, loin des codes académiques, au profit de l’immédiateté et de l’authenticité.

Une ambition claire

Même l’hiver a des airs de caresse ne se réclame d’aucune école, d’aucune avant-garde. Le livre ne prétend pas révolutionner la poésie contemporaine ; il s’ancre dans une démarche assumée : transmettre. Marion Fritsch se définit comme une poète « du grand public », revendiquant une écriture capable de circuler entre la scène, les réseaux sociaux et l’édition, avec des formes et des registres différents.

La poésie, ici, revient à l’essentiel : ce qu’un mot peut susciter chez celui qui le lit — un frisson, un sourire, une mélancolie. Le recueil invite à ralentir, à contempler, à ressentir. Il s’adresse à ceux qui aiment la poésie mais aussi à ceux qui doutent encore de sa capacité à toucher. Pensé pour un jeune lectorat, l’ouvrage assume pleinement sa portée transgénérationnelle : un livre que l’on peut lire à un enfant, se lire à soi-même, ou offrir.

Même l’hiver a des airs de caresse s’impose comme un projet éditorial abouti — ni gadget festif ni simple objet décoratif, mais un véritable espace d’intimité, d’émotion et de réflexion. Par un langage volontairement simple, le livre confirme qu’une poésie accessible peut aussi être exigeante. Un calendrier de l’Avent pour le cœur — à déchirer, à lire et à garder.

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