À Bruxelles, on déconnecte pour mieux se reconnecter

© Photos : Kevin Dochain

Informations pratiques

Samedi de 11h à 14h

Une fois par mois

Maison poème
Rue d’Écosse 30
1060 Saint-Gilles, Bruxelles
Entrée : libre 

Identité visuelle et communication :
Youmna Zanna

Une fois par mois, le samedi, la Maison poème accueille « Hors ligne » : trois heures de lecture silencieuse, sans téléphone. Un projet radical qui répond à une urgence : reprendre le temps.

Il y a des idées simples qui changent tout. Celle d’Emeline Mordret, gérante du bar de la Maison poème à Bruxelles, en fait partie. Le principe ? Ranger son téléphone dans une boîte fermée pendant trois heures et lire. Lire pour de vrai. En silence. Avec d’autres. Sans écran, sans notification, sans la tentation de scroller. Juste les mots, les pages, le temps qui s’étire.

« Hors ligne » existe depuis deux mois et le bouche-à-oreille fonctionne déjà. Les lecteurs reviennent. On ne trouve nulle part ailleurs ce format improbable, calme, presque anachronique.

Une addiction qu'on ne nomme pas

Emeline Mordret ne mâche pas ses mots : « Je ne supporte plus cette addiction qu’on a au téléphone. » Elle pointe la rapidité, la multitude de stimuli, le flux incessant d’informations. « Je pense qu’on ne se rend pas encore complètement compte de la dangerosité de notre addiction au téléphone et au fait de vouloir aller très vite tout le temps. »

Son projet part de là. D’un ras-le-bol personnel devenu manifeste politique. Créer un espace où on se regarde dans les yeux. Où on prend le temps. Où le téléphone n’existe plus pendant quelques heures. Un luxe rare ces derniers temps.

Le lieu

La Maison poème occupe l’ancien Théâtre Poème, rue d’Écosse à Saint-Gilles. Trois ASBL cohabitent : Les Midis Poésie (fondés en 1949), FrancoFaune (festival de musique francophone créé en 1994) et le FACIR (Fédération des Auteurs, Compositeurs et Interprètes Réunis), qui défend les droits des artistes. Au rez-de-chaussée, le bar et la salle de spectacle. Aux étages, les bureaux, les résidences d’artistes.

Emeline gère le bar depuis un an et demi. Elle ouvre uniquement les soirs d’événement. Ça la frustrait. D’où l’idée d’un rendez-vous récurrent, en journée, qui casse les horaires habituels. Un temps pour ralentir.

Le protocole

Arrivée entre 11h et 14h. On dépose son téléphone dans une boîte. On s’installe. Stylos, feuilles, bouteilles d’eau, coussins : tout est prévu pour l’immersion totale.

Chacun apporte son livre. Pas forcément de la poésie. Romans, essais, nouvelles. Pour ceux qui arrivent les mains vides, une petite bibliothèque permet d’emprunter. Il y a aussi des puzzles, de la laine, des aiguilles à tricoter. Parce que lire pendant trois heures, c’est long.

Café, thé, tisanes. Parfois un chocolat chaud épicé préparé par Emeline. Des viennoiseries concoctées par des amis : cookies, banana bread. « Dans ce froid et dans ce climat géopolitique que l’on a actuellement, j’ai vraiment envie de créer une espèce de bulle de déconnexion un peu hors du temps », explique-t-elle.

À 13h, le silence s’interrompt. Place au débat. Emeline travaille en binôme avec Rita pour animer l’échange. Les lecteurs partagent. Beaucoup lisent des passages de ce qu’ils ont découvert. Ce temps d’échange fait partie intégrante du projet. Les participants l’attendent. Le lien se fait. Sans écran, en chair et en os.

« Quatre personnes ont oublié leur téléphone dans la boîte après la première séance. »

Pourquoi ça marche ?

Parce qu’on en a tous marre. Marre de l’infobésité, de la sur-stimulation, de l’addiction qu’on ne nomme jamais. Parce qu’on a perdu l’habitude de se concentrer. De lire plus de dix minutes sans interrompre.

« Hors ligne » propose un cadre. Une permission collective de ralentir. Ce n’est pas de la méditation. C’est juste lire. Ensemble. Mais c’est déjà énorme.

Emeline insiste : « J’ai envie de créer un événement où on se regarde dans les yeux et où on prend le temps. » C’est politique. C’est radical. C’est nécessaire.

Le projet est encore jeune. Il est fragile, malléable. Mais il répond à quelque chose de profond. Une soif de lenteur. Un besoin de silence. Une envie de se retrouver, soi et les autres, loin des écrans.

Une fois par mois, le samedi, rue d’Écosse à Saint-Gilles, on lit. On se tait. On respire. On existe autrement.

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