Fenêtre ouverte sur la poésie

Patrizio Lionti

L’ombre vorace

Au bord de ma chute, quand la faiblesse me prend,

Il s’éveille, le démon, maître en silence,

Niché dans mes veines, il tire les ficelles,

Ventriloque de chair, larve insatiable.

 

Tel un ver gordien, il creuse ses labyrinthes,

Dévore mes entrailles, festin d’organe et d’âme,

Mon cœur se brise en pulsations fanées,

Mes boyaux se tordent sous ses crocs invisibles.

 

Je sens ma peau céder, fine coque fissurée,

Un cocon d’horreur, prêt à s’ouvrir.

Il déchirera mes murs de chair en un cri,

Naissance d’une ombre, enfantée par la douleur.

 

Le mal danse dans mes os fracturés,

Siphonne mes doutes, nourrit mes cauchemars,

Et tandis que je me vide, qu’il s’emplisse de moi,

Je deviens l’écho d’un souffle éteint.

 

 

Il me laissera là, pourri sous les astres,

Offrande morbide à la volée des mouches.

Les charognards feront leur banquet d’éclats,

Et dans la nuit, les engoulevents chanteront,

Leur mélodie funèbre, sourde et cruelle,

Accompagnant ma descente, lente et ultime.

 

Je suis le théâtre de son œuvre affamée,

La carcasse d’un être, rongé jusqu’à l’ombre,

Un désert de vie, vidé par son venin.

Maman, je hurle à la vie

Maman, la vie me fracasse,

comme un piano qui s’effondre sur ses notes,

un accord brisé qui résonne trop fort.

Je suffoque dans ce chaos,

ces jours qui cognent comme des tambours fous,

je cours, je tombe,

mais je n’échappe à rien.

Parfois, je voudrais disparaître,

comme une mélodie qui s’efface dans le vent,

laisser ce monde tourner sans moi,

sans bruit, sans ombre.

 

Maman, je suis perdu dans ma propre chanson,

les mots s’éparpillent,

les refrains me trahissent.

Depuis que je suis homme,

j’ai oublié la cadence de l’enfant,

cet enfant qui savait danser sous la pluie

et trouver dans tes bras

une lumière,

une paix,

une douceur.

 

Mais tes bras, maman,

ils me terrifient.

Quand tu veux m’enlacer,

je recule,

comme un pianiste qui redoute une fausse note.

Ton amour, c’est un feu sacré,

un chant si pur qu’il expose mes ombres,

il ébranle mes murs,

révèle mes fissures,

ces blessures que je cache sous le silence.

 

Mais joue encore, maman,

ne t’arrête jamais.

Enlace ce corps cassé,

cette âme en morceaux,

tiens-les contre toi

jusqu’à ce qu’ils vibrent à nouveau.

Ton amour, c’est une symphonie rebelle,

une guitare qui hurle,

un piano qui pleure sous la lune,

un cri dans la nuit

qui refuse de s’éteindre.

© tous droits réservés - Patrizio Lionti

Patrizio LIONTI est un poète autodidacte, profondément intéressé par le stoïcisme et les courants mystiques et religieux. Il commence dès l'âge de seize ans, à écrire ses premiers poèmes, inspiré par Charles BAUDELAIRE et Pablo NERUDA. Attaché à la profondeur du ressenti, Patrizio LIONTI écrit ses poèmes avec sincérité et liberté, abordant des thèmes puissants : l'éphémère, l'amour, la mort, les peurs viscérales et la recherche de sens. Pour lui, la nature humaine doit être mise à nu, confrontée à sa propre insignifiance, mais toujours éclairée par une lueur d'espoir.
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