Jacques Viallebesset (1949–2025), jusqu’au dernier poème

Photo : © DR

Poète exigeant et fraternel, Jacques Viallebesset (de son vrai nom Alain-Jacques Lacot) a quitté les rives du temps le 30 décembre 2025. Dans cet hommage, Grégory Rateau, poète et rédacteur de Strophe.fr, salue une voix libre qui n’a jamais séparé la poésie de la vie, et dont la présence attentive, l’éthique et l’amour du vivant continuent d’accompagner nos lectures.

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès, le 30 décembre 2025, de l’ami poète Jacques Viallebesset, de son vrai nom Alain-Jacques Lacot. Nous échangions régulièrement par téléphone, dans une fidélité simple et attentive. Jacques a compté pour moi comme un guide, par sa présence, par sa parole, par sa manière d’habiter la poésie sans jamais la séparer de la vie.

Il était de ceux pour qui la poésie ne relevait ni de l’exercice ni de la posture, mais d’une exigence intérieure. Il rappelait volontiers que « la poésie n’est pas un exercice de style, mais une manière d’habiter le monde », et qu’elle engage une responsabilité éthique : celle de ne pas trahir ce qui est perçu, même lorsque cela dérange. Cette rigueur, il l’a incarnée jusque dans ses prises de position, notamment lorsqu’il portait un regard lucide et sans complaisance sur le milieu poétique, qu’il savait parfois envahi par « le bruit des postures et des stratégies », au détriment du poème lui-même.

Jacques écrivait sans calcul, sans souci de carrière. « Écrire n’a jamais été pour moi une question de reconnaissance, mais une nécessité intérieure », disait-il, affirmant une fidélité constante à ce qui demeure fragile, essentiel, souvent menacé de disparition. Sa poésie, attentive au vivant, s’inscrivait dans une relation profonde à la nature et aux paysages, nourrie notamment par son compagnonnage avec l’œuvre de Jean Giono, chez qui il avait appris que « la langue peut être une terre, un souffle, une manière de renouer avec l’épaisseur du monde ».

« On n’écrit jamais seul »

Cette exigence ne l’éloignait jamais des autres. Au contraire, Jacques croyait profondément à la transmission par la présence. « On n’écrit jamais seul », rappelait-il, convaincu que les rencontres humaines, les voix fraternelles et les gestes d’encouragement comptent autant que les livres. Il est ainsi venu m’accompagner lors de la remise du Prix Amélie Murat, et m’a présenté à des personnes d’une fraternité précieuse, cherchant toujours à éviter aux autres certains écueils qu’il connaissait trop bien.

Alors qu’il luttait une nouvelle fois contre la maladie, il continuait d’écrire et de penser, avec une lucidité intacte. Il affirmait que la conscience de la fin « n’empêche pas d’aimer le monde, mais oblige à une attention plus juste, plus humble, à ce qui est donné ». Cette attention, cette dignité silencieuse face à l’épreuve, resteront indissociables de son œuvre et de sa personne.

C’est une voix libre et profondément humaine qui nous a quitté et continuera de nous accompagner, rappelant que la poésie n’est jamais séparée de la vie, mais qu’elle en est l’une des formes les plus exigeantes et les plus nécessaires.

Repose en paix frère d’armes.

Parmi ses principaux ouvrages, sont notamment parus :

– L’écorce des cœurs (Éditions Le Nouvel Athanor, 2011), son premier recueil de poésie, qui pose déjà les fondations d’une œuvre profondément enracinée dans le monde visible et invisible.

Le pollen des jours (Éditions Le Nouvel Athanor, 2014), où sa voix s’affirme avec une acuité lumineuse et généreuse.

Sous l’étoile de Giono (Al Manar éditions, 2014), hommage sensible à l’auteur qui l’a tant inspiré .

Ce qui est épars (Éditions Le Nouvel Athanor, 2016), recueil d’une grande finesse, rassemblant des poèmes qui explorent le fragmentaire et l’essentiel .

Anthologie Jacques Viallebesset (Éditions Le Nouvel Athanor, 2017), qui rassemble une voix étendue et fidèle, reflet documenté d’une trajectoire poétique unique.

3 Commentaires
  • CLANCIER
    Publié à 14:37h, 02 janvier Répondre

    Je partage entièrement l’hommage fraternel rendu par Grégory Rateau dans Strophe à ce poète authentique
    que j’appréciais beaucoup. Nous étions amis depuis longtemps et Jacques Viallebesset mérite vraiment que l’on, ne l’oublie pas et que l’on lise et relise sa poésie.
    Merci au poète, à l’ami Grégory, d’avoir si tôt son décès connu, écrit ce beau témoignage.
    Sylvestre Clancier
    Président de la Maison de Poésie Fondation Emile Blémont
    Président de l’Académie Mallarmé
    et président d’honneur du PEN Club français

  • Zoé.D
    Publié à 18:29h, 02 janvier Répondre

    Merci de cet hommage pour cet homme que j’ai eu la chance de connaître en échange écrit, car je l’avais contacté afin d’acquérir l’un de ses ouvrages.

    Par la poste, il m’a fait le cadeau de deux, suivi d’une très jolie lettre. Nos échanges sur les réseaux, bien que trop courts, restent précieux pour la jeune franc-maçonne que je suis.

    Que la paix te garde mon frère.

  • Quintrie Lamothe Thierry
    Publié à 21:11h, 02 janvier Répondre

    Site intéressant. Honnête. . Sérieux ‘

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