Prix CoPo 2026 : sept livres en lice pour une poésie qui sort du cadre

Photo : © La Factorie

La Factorie (Maison de poésie de Normandie) a dévoilé la sélection 2026 de son prix CoPo : sept recueils retenus parmi 140 envois. Avant un verdict annoncé en avril 2026, la liste dessine déjà un paysage : une poésie qui se frotte au social, travaille le lieu et regarde le corps sans fard.

Un prix qui aime les textes “en prise”, et qui le revendique

Le CoPo — pour Comité Poétique — naît en 2013 et remet un premier prix en 2014. Sa ligne est claire : encourager l’écriture poétique contemporaine en distinguant un livre et son éditeur, avec un second versant, le prix des lycéens, lancé en 2015.

La mécanique est précise : réception des ouvrages au printemps, lectures durant l’été, débats à l’automne, sélection à l’hiver, puis double délibération en avril. La remise a lieu au Marché de la Poésie, à Paris, assortie d’une bourse de 1 000 euros et d’une résidence d’écriture.

Cette année, le jury lycéen s’élargit à la Normandie et aux Hauts-de-France. Loin d’un simple label pédagogique, cette configuration crée une zone d’essai pour les textes : ils doivent tenir face à des lecteurs qui ne pratiquent ni la révérence automatique ni le jargon.

Le social sans slogan.
L’odeur du graillon avance dans une matière concrète, presque collante. Letourneur ne théorise pas la précarité : il la fait sentir. Le poème y devient friction, pas commentaire. C’est une poésie d’expérience, qui ne cherche pas l’effet mais la tenue.

L’adolescence comme microsociété.
Avec Tout un Peuple, Patrice Luchet observe un groupe de collégiens sur une année scolaire. Ce n’est ni chronique sociologique ni nostalgie pédagogique : plutôt une exploration des hiérarchies, des langues, des alliances mouvantes. Le livre travaille la pluralité des voix et évite le didactisme.

La mort, frontalement.
Dans Mourir est beau, Stéphane Martelly interroge la dignité, la mémoire, l’inscription politique des corps. L’ambition est nette : replacer la poésie dans une généalogie critique, notamment en dialogue avec des voix noires des Amériques. L’enjeu est de ne pas se figer en posture. Si le texte tient, il déplacera le débat.

Le lieu comme fiction critique.
Gabrielle Schaff, avec Veules-les-Roses, part d’un village normand réel pour en faire un espace mental. Les personnages veulent y aller mais se heurtent aux images, aux cartes, aux représentations. Le livre questionne la fabrication des paysages contemporains : on voyage moins dans le monde que dans sa médiation.

Le paysage comme tension formelle.
Le titre d’Anna Milani expose un risque évident : celui du lyrisme naturaliste. Or le livre travaille le lac non comme décor mais comme surface d’épreuve. Le paysage y devient une zone de condensation : mémoire, silence, attente. La langue ne s’abandonne pas à la contemplation ; elle avance par strates, avec une attention aux rythmes et aux coupures

L’horizon sous contrainte.
Avec Florentine Rey, le mot “demain” ne sert pas de promesse abstraite. Le recueil s’appuie sur une expérience de résidence et sur des paroles recueillies, intégrées puis retravaillées dans un dispositif précis. L’avenir y apparaît fragmenté, fragile, parfois inquiet. Le poème n’annonce rien : il capte des voix, des projections, des peurs. Plutôt qu’un futur radieux, c’est un champ d’incertitudes que le livre met en forme.

Clinique et jeu sérieux.
Avec Marelle, Julia Peker transpose l’expérience de la consultation psychologique dans le champ poétique. Le texte avance par sauts, par cases, par retours. L’équilibre est délicat : faire entendre sans trahir, styliser sans neutraliser. Le pari formel est clair

Un prix utile et exigeant

Le CoPo a un mérite concret : offrir une visibilité à des catalogues de poésie contemporaine qui échappent souvent aux radars médiatiques. La présence d’un jury lycéen introduit une tension productive : les textes doivent circuler, susciter discussion, parfois résistance.

Reste la question centrale : un prix d’encouragement peut-il accueillir des écritures réellement dissonantes, celles qui ne séduisent pas d’emblée ? La sélection 2026 ne donne pas l’impression d’un consensus poli. Elle rassemble des livres qui parlent de classes sociales, de mémoire, de territoire, de clinique, d’avenir ; autant de zones où la langue est mise à l’épreuve.

Le verdict tombera en avril 2026. D’ici là, la liste a déjà produit son effet : elle impose de lire, et de lire attentivement.

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