Poésie en arrosoir : les mots se réveillent du 3 au 12 juillet

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3 au 12 juillet

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Evologia, Cernier, canton de Neuchâtel – Suisse

Du 3 au 12 juillet 2026, Poésie en arrosoir revient à Evologia, à Cernier, pour une 24e édition placée sous le signe de la nuit. Treize spectacles, trente-six représentations, deux créations, des ateliers, une scène libre : le festival suisse continue de défendre une poésie qui sort du livre pour prendre l’air, le corps, la voix, la scène.

À Cernier, la poésie ne se contente pas d’être lue. Elle marche, chante, trébuche, rit, s’inquiète, se frotte à la terre. Depuis vingt-quatre ans, Poésie en arrosoir cultive cette idée simple et rare : un poème n’est pas seulement une page, c’est une situation. Un souffle dans une grange. Une voix sous les serres. Une parole qui se risque dehors.

L’édition 2026, annoncée du 3 au 12 juillet sur le site d’Evologia, choisit pour fil conducteur : « Ce que réveille la nuit… ». Le thème est bien trouvé. La nuit n’y sera pas décorative. Elle servira de chambre d’écho : rêves, peurs, instincts, secrets, vivant, mémoire. Ce qui dort le jour remonte quand la lumière baisse.

Une poésie qui ne reste pas assise

Poésie en arrosoir revendique une place à part dans le paysage romand : un festival consacré aux expressions vivantes de la poésie. Théâtre, musique, performance, slam, récital, atelier : ici, le poème change de peau. Il ne perd rien de sa force littéraire ; il gagne une présence.

La programmation 2026 rassemble treize spectacles suisses et internationaux, avec trente-six représentations annoncées. Parmi les noms repérés : Aliose, qui revisite Maxime Le Forestier ; Emily Loizeau, attendue avec La Souterraine ; le slameur et rappeur Jesers ; le duo Marie Armande ; ou encore Nuria Manzur-Wirth, avec Seuil, porté par la compagnie Les Eaux Courantes.

Le festival joue aussi sa carte la plus forte : le lieu. Evologia n’est pas un simple contenant. Ses jardins, ses serres, sa Grange aux Concerts, ses espaces ouverts déplacent la réception. On ne vient pas seulement voir un spectacle ; on entre dans un paysage. Et ce paysage travaille les textes.

Sonia Menoud, le vivant en procession

L’un des axes forts de cette édition sera Bio dégradable, création « fil rouge » inspirée du recueil publié par Sonia Menoud aux Éditions de l’Aire en 2024. Autrice, comédienne et metteuse en scène gruérienne, Menoud cherche depuis longtemps le théâtre dans la poésie — et la poésie dans le théâtre.

Le spectacle est annoncé comme une forme déambulatoire, en plein air, nourrie de traditions paysannes, de lyrisme et d’humour. La matière est là : corps, terre, bêtes, rites, vivant. Une poésie qui ne regarde pas la nature depuis le balcon, mais qui descend dans le champ. Le terme « biodégradable » n’a rien d’un slogan écologique prêt-à-porter : il rappelle plutôt une évidence physique, presque brutale. Nous sommes du vivant provisoire. De la matière en passage.

C’est sans doute ce qui donne à cette édition son nerf : la nuit, chez Poésie en arrosoir, n’est pas seulement le refuge du rêve. Elle devient un révélateur. Elle montre ce qu’on oublie de voir en plein jour.

Dans un moment où la poésie est souvent sommée de choisir entre confidentialité et événementiel, Poésie en arrosoir trace une voie plus intéressante. Le festival ne transforme pas le poème en produit d’ambiance. Il le met en tension avec des formes populaires, scéniques, directes, sans renoncer à l’exigence.

C’est là que l’affaire devient stimulante : la poésie n’est pas décorative, elle est praticable. On peut y entrer par une chanson, un monologue, un atelier, une procession, une scène libre. On peut venir pour Emily Loizeau, repartir avec Sonia Menoud. Ou l’inverse.

À Cernier, début juillet, il ne s’agira donc pas seulement d’arroser les mots. Il faudra accepter qu’ils poussent de travers, dans l’ombre, là où quelque chose insiste.

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