Montréal, la poésie en pleine circulation du 21 au 31 mai

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Informations pratiques

Du 21 au 31 mai 2026, le Festival de la poésie de Montréal revient avec une 27e édition placée sous le signe de l’entrelacement. Plus qu’une vitrine, le rendez-vous fabrique une cartographie vivante : lectures, cabarets, vidéopoésie, marché éditorial, voix autochtones, francophones, anglophones et internationales.

À Montréal, la poésie ne s’installe pas dans une vitrine. Elle circule. Elle passe par La Sala Rossa, le Café Cléopâtre, le Cinéma Beaubien, les librairies, les parcs, les toits, les salles de spectacle, jusqu’à la Place Gérald-Godin, où le Marché de la poésie remet les livres au niveau de la rue. La 27e édition du Festival de la poésie de Montréal, organisée du 21 au 31 mai 2026, annonce plus d’une quarantaine d’événements sous une formule claire : « Pour s’entrelacer ». Le mot pourrait sembler doux. Il ne l’est pas tant. Il dit une urgence : tenir ensemble ce qui se défait.

Une scène, pas un mausolée

Le festival évite le piège du cérémonial. Sa programmation avance par frottements : cabaret rock, poésie sur le toit, vidéopoèmes, lectures collectives, grande soirée, marché, déambulation poétique. Le poème n’y est pas traité comme un objet fragile, mais comme une matière mobile, sonore, politique, parfois rugueuse. L’ouverture, à La Sala Rossa, rassemble notamment Atolll, Yahya Al Hamarna, Alycia Dufour, Eli Tareq El Bechelany-Lynch, Léuli Eshrāghi, Leigh Kotsilidis, Elissa Kayal, Nada Sattouf et Elkahna Talbi. Dès le départ, le festival pose son décor : Montréal comme chambre d’échos, pas comme carte postale.

Ce qui frappe, c’est la variété des gestes. Le 22 mai, « S’étreindre pour ensemble résister », en collaboration avec le comité Femmes de PEN Québec, réunit notamment Nora Atalla, Martine Audet, Nicole Brossard, Mireille Cliche, Flavia Garcia et France Mongeau. Le 26 mai, les Rendez-vous vidéopoésie déplacent le texte vers l’écran. Le même soir, Estuaire fête ses 50 ans à La Sala Rossa. Le festival ne choisit pas entre page, voix, image et scène : il les met en tension.

Montréal, ville-passage

a délégation internationale donne à cette édition une respiration nette : Jean d’Amérique, Emna Louzyr, Moëz Majed, Antonio Rodriguez et Raïssa Yowali figurent parmi les invité·es annoncés. Autour d’eux, la programmation fait se croiser Marie-Célie Agnant, Nicholas Dawson, Pierre Nepveu, Louis-Karl Picard Sioui, Erika Soucy, Hélène Dorion, Louise Dupré, Jean-Paul Daoust ou encore Chloé Savoie-Bernard. Ce n’est pas un catalogue de noms : c’est une coupe dans un paysage littéraire où les langues, les générations et les histoires ne s’alignent pas sagement.

Le thème de l’entrelacement prend alors du poids. Il ne s’agit pas seulement de « lien » au sens mou du terme. Il y a là une manière de répondre à l’époque : non pas par l’évasion, mais par l’assemblage. Dans un monde qui segmente, classe, expulse, le festival travaille à recomposer des zones communes. La poésie n’y promet pas de réparer le réel. Elle oblige au moins à l’écouter autrement.

Le livre reprend la rue

Le Marché de la poésie, du 29 au 31 mai à la Place Gérald-Godin, donne au festival son centre de gravité populaire. Plus d’une cinquantaine de maisons d’édition et de revues y sont attendues, parmi lesquelles L’Hexagone, Le Noroît, Mémoire d’encrier, Le Quartanier, Les Herbes rouges, La Peuplade, Poètes de brousse, Triptyque, Estuaire ou Exit. C’est là que la poésie cesse d’être une abstraction : elle a un prix, un format, une couverture, une table, un éditeur, un lecteur qui hésite puis repart avec un livre.

Les cabarets du Marché prolongent ce mouvement. Hommages à Fernand Ouellette, Olivier Marchand, Victor-Lévy Beaulieu, Marie Uguay, Madeleine Gagnon, Geneviève Desrosiers, Julie Stanton ou Marcel Labine ; lectures avec Hélène Dorion, Jean d’Amérique, Emna Louzyr, Moëz Majed, Carole David, Eftihia Mihelakis, Alexei Perry Cox ou Maude Veilleux : l’archive et le présent se répondent sans prendre la pose.

Le titre d’un article du journal Devoir — « Semer de la douceur dans un monde qui plante des bombes » — donne une bonne clé d’entrée, à condition de ne pas confondre douceur et tiédeur. La poésie qui traverse ce festival n’est pas décorative. Elle accueille, mais elle coupe aussi. Elle rassemble, mais sans lisser les voix. Elle met sur scène des corps, des langues, des colères, des filiations, des deuils, des adresses.

C’est peut-être là que Montréal tient sa singularité : faire de la poésie non pas un supplément d’âme, mais une pratique de présence. Pendant onze jours, le poème sort de sa réserve. Il parle fort, il chuchote, il se filme, il marche, il vend des livres, il danse avec la musique, il se souvient des morts et invite les vivants à rester dans la conversation. Pas une parenthèse. Une méthode.

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