Edwarda : du Désir pour le Beau

Photo : DR

On rencontre Edwarda comme une présence qui devance les pages. On y vient sur recommandation, par le fil d’une amitié partagée ; le cœur curieux et aux aguets. Edwarda est bien plus qu’une revue littéraire ou un objet d’art poétique : elle est un corps de papier traversé de visages, de passages, et de désirs. Derrière le mot il y a le dénudement. Derrière le texte, le dévouement.

Un ADN fondé sur l’érotisme et la liberté

« L’érotisme pour moi, c’est une façon d’être au monde. »

Initiée en 2009, Edwarda est une revue indépendante fondée par Sam Guelimi placée sous l’esprit tutélaire de Georges Bataille et Madame Edwarda*, son livre publié clandestinement pendant la guerre en 1941.

Dans cet ouvrage, Bataille explore un érotisme cru, une impudeur portée à l’extrême, et l’irruption d’un sacré qui échappe à la morale pour relever d’une expérience de bascule. Le corps tient lieu de révélation.

D’abord revue érotique, littéraire et photographique – qui aussitôt s’illustra par sa singularité et ses nombreux contributeurs prestigieux comme Yannick Haenel, Béatrice Dalle, Mathieu Terence, Philippe Sollers pour ne citer qu’eux – la revue est surtout un espace de création libre. Un lieu éditorial où la notion de sensualité peut se réinventer, où les contraires peuvent coexister sans être neutralisés, dans une expression affranchie des assignations morales et esthétiques. « Un espace destiné à celles et ceux qui font l’amour avec des mots et des images. »

Chez Edwarda, la chair devient ainsi langage et l’écriture fait peau neuve.

Mais ce qui importe surtout, rappelle la fondatrice, n’est pas la nudité du corps mais celle du cœur. L’authenticité y est virginale et le désir, libéré de sa gangue lascive, est rendu à sa beauté, dans un élan vital.

Une conversation à découvert

« Une revue n’est rien d’autre qu’une lettre à plusieurs mains. »

Chaque numéro d’Edwarda naît d’un appel de l’éditrice lancé comme une invitation à explorer une thématique. Les destinataires : amis, artistes ardents, défenseurs du « lire », architectes du beau et veilleurs de sens y répondent alors dans leur voix singulière, à cœur ouvert. Une respiration commune s’installe et fait corps. Des mots aux images, se dessine une éthique de la beauté. De la poésie, en « chair et papier ».

En résulte une revue épistolaire et solaire, nourrie d’amitiés fidèles et tisserande de nouvelles rencontres.

Sam Guelimi cultive une pratique artisanale guidée par l’amour, et porte au grand jour les visages de toutes celles et ceux qui contribuent à l’existence de l’ouvrage.

Une revue aux multiples mues

Abandonnant une peau pour en faire naître une autre, Edwarda est une revue métamorphe, façonnée par le temps.

Ses évolutions ne relèvent pas d’une refonte éditoriale, mais d’un mouvement organique lié aux rythmes de sa fondatrice. Ses expériences, ses déplacements, ses phases de vie, ses brisures aussi, en dessinent les contours changeants.

Si l’érotisme demeure l’un des points d’origine du projet, Edwarda a progressivement élargi son territoire éditorial. La revue est devenue plus résolument littéraire et poétique, ouvrant son champ d’exploration à d’autres contrées.

Elle s’est également déployée en maison d’édition depuis 2013, prolongeant ainsi son geste éditorial et offrant à sa créatrice la possibilité d’affiner sa vision.

Ainsi, de mutations en mises en retrait, la revue, portée par le feu sacré de la création, se réinvente et perdure.

Finalement, Edwarda, c’est le récit d’une vie qui se conjugue à l’universel.

Palpitations urbaines : le dernier-né

« J’ai laissé les écrivains traverser les villes à leur manière. Et ce qui en revient, c’est un livre à double mouvement : vers le dehors, vers le dedans. »

Dans ce dernier numéro, Edwarda invite ses lectrices et lecteurs à une errance collective au cœur du tissu urbain. Une exploration des lieux qui nous habitent autant que nous les traversons. La ville y prend des allures d’organisme vivant traversé de désirs et tensions, effaçant progressivement les frontières.

Ce nouvel opus trace, à travers trente-cinq textes inédits, une cartographie sensible de la cité. À découvrir sans aucune modération.

La ville est un habit
un ornement de Hurlevent
dont on change comme de chemise,
on s’en nettoie jusqu’à la lie
pour imprégner nos os de ses tourments,
une ville nous dresse et nous avise,

Un temps, un instant, une éternité,

J’ai vécu des villes autant qu’elles m’ont vécu,
sans dessus-dessous et sans le sou,
elles m’ont tricoté autant que je les ai détestées,
je les ai aimées autant qu’elles m’ont fuité
sur tous les quais de gare, fourbu,
dans tous les embrassés cols, dans tous les cous,
Si seulement je n’étais pas à leur solde…

Guillaume Delbos, Habi-tat - (extrait)
Suivre ou contacter la revue Edwarda

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