04 Mai Tram.es : quand la poésie fait le mur
Les Éditions du Bunker publient TRAM·ES, un recueil collectif de poésie contemporaine rassemblant auteurs reconnus et nouvelles voix issues d’un appel à textes national. Pensé comme une anthologie vivante, à l’image de la poésie d’aujourd’hui, l’ouvrage porte une ambition singulière : faire sortir les mots du livre pour les inscrire dans la ville, jusque sur ses murs. Une façon de rendre la poésie à l’espace public.
Il y a, dans la trame, l’idée d’une maille invisible soutenant la structure globale. D’une architecture silencieuse donnant forme et matière sans jamais s’imposer. Dans un tissu, la trame ne se contente pas de remplir : elle espace, elle aère, elle laisse circuler. Elle permet à la matière d’être vivante, capable de respirer. Et sans doute est-ce là sa plus belle fonction : non pas seulement relier, mais ménager des interstices, offrir du vide entre les fils pour que quelque chose passe ; et se passe.
Ce projet, mené conjointement par la SCET (Services Conseil Expertises et Territoires), la revue Urbanisme et les Éditions du Bunker est né du même élan : ouvrir des brèches dans les murs de la ville, pour que ses habitants respirent plus grand, et que la vie circule davantage. Quand les poètes s’emparent des murs, les remparts se fissurent.
Défense d'afficher
« Les murs de nos villes sont des espaces neutres et défensifs. Lorsque l’affichage y est possible, il est publicitaire ou politique. L’expression artistique est souvent réduite à un geste illégal ou toléré, et le plus souvent temporaire. »
nous rappelle Romain Lucazeau, ex-directeur de la SCET en préface du recueil.
En choisissant d’investir des murs de grandes dimensions de quartiers notamment inscrits dans le programme de rénovation urbaine de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), cette démarche propose une alternative artistique et fait de la poésie un élément vivant de la fabrique des murs. Le mot, tel une brique, fait de nouveau partie des murs.
Matériau poétique
Il fallait donc au départ constituer une matière poétique pour la proposer aux représentants des sociétés d’aménagement publiques partenaires du projet. Première pierre à l’édifice, un appel à textes est lancé le 15 octobre 2025 par Hélène Lécot, fondatrice des Éditions du Bunker sur la thématique de la ville et de la vie en ville.
Des centaines de textes arrivent de toute la France (hexagonale et d’outre-mer) : « Il y a eu un réel engouement général autour du projet ; beaucoup étaient heureux et reconnaissants que le sujet de la ville soit porté » nous partage-t-elle.
L’éditrice commence alors son travail de sélection, avec pour astreinte qu’elle soit représentative de la diversité des formes poétiques pour dire la ville.
« J’ai été agréablement surprise par la diversité des textes » : vers rimés, vers libre, prose, poésie visuelle, les plus de 500 textes reçus sont riches de propositions.
En résulte une anthologie portée par plus de cinquante auteurs avec un équilibre naturellement trouvé entre auteurs connus et nouvelles voix. Les générations, les styles et les sensibilités dialoguent ainsi entre eux pour former une trame multiple de voix poétiques interrogeant la ville comme espace commun, vécu et partagé.
Sa fierté ? qu’il s’agisse d’un réel recueil de poésie. Conçu avec authenticité et exigence pour ne pas tomber dans l’écueil des « jolis poèmes sur la ville ». Les textes disent franchement la ville. Parfois on l’aime, parfois moins : « Il y a de la joliesse, de l’authenticité et de la dureté aussi ».
Le recueil esquisse donc une cartographie sensible des espaces urbains — entre lieux vécus, traversés, rêvés. Car la ville se vit de mille et une façons : corps en mouvement — traversé de flux et pulsations—, refuge du souvenir, rêve idéalisé, cauchemar fantasmé, carrefour de vies croisées, elle porte aussi l’empreinte des gestes répétés et des rituels de vie en société. La ville s’écoute, se respire, s’hume, s’exhume. Elle se murmure ou se crie. Se « jour » ou se « nuit ». Parfois elle se conjugue aussi : je ville, tu villes… Un point commun pourtant entre toutes les approches sensibles selon Hélène Lécot : « le sujet qui traverse c’est l’intimité de ce qui cherche à se dire à travers la ville ».
« Le béton se fissure,
Aujourd’hui, les murs tombent.
Tu entends encore leurs voix ?
Elles parlent dans le béton,
elles murmurent dans les fissures. »
Et en attendant de pouvoir contempler les poèmes sélectionnés sur de grandes fresques murales, la poésie circule déjà au travers de rencontres dans les villes partenaires comme Lille, Roubaix, Rennes, Lyon, Montpellier, Besançon et à La Réunion.
Un rappel que la poésie est vivante et vitale pour nos sociétés et qu’il appartient à ses acteurs de la faire circuler.
TRAM·ES – Poésie dans la ville
Les murs urbains, généralement réservés à des usages publicitaires ou politiques, laissent peu de place à une expression artistique durable. Le projet porté par la SCET, la revue Urbanisme et les Éditions du Bunker propose d’y intégrer la poésie comme un véritable matériau de la ville, au même titre que ses composantes techniques.
À travers un appel à textes national lancé en 2025, des centaines de poèmes ont été collectés puis sélectionnés pour former TRAM·ES, une anthologie représentative de la diversité des écritures contemporaines. Destinée à être déployée sur de grandes fresques murales, cette matière poétique vise à inscrire durablement la poésie dans l’espace public et à renouveler notre manière d’habiter la ville.
Montpellier
6 mai à 19h30
Librairie La Géosphère, 20 rue Jacques Cœur
Rencontre et lectures avec Nour Cadour, Noe Sovage, Perle Vallens
Besançon
22 mai à 19h00
Librairie Les Sandales d’Empédocle, 95 Grande Rue
Rencontre et lectures avec Laurence Ermacova, Ours Hardy, Bénédicte B. Leu
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