06 Juil Poèmes paniques
elle coupe à vélo par les bois du vert l’attire
fluo entre les branches qu’elle croit être
un gazon
des bidons suspendus là dégorgent
leur vieux sang
des affûts ce qu’elle trouve mais l’étang
recouvert d’une nappe
verte – que les lentilles d’eau ont tramée
au tour martelé d’empreintes
hmm cette haleine
de résurrection par bouffées de la forêt
Vibrisse se cale dans des racines
attend la nuit puisque parmi les traces celles d’un
grand Equus pieds nus
le couple en biscuit : cheval et cavalier
immobile et pâle
elle en reçoit la lumière hors
présence de la lune123
les choses évoluent
toujours rivé à l’homme le cheval
sort son sexe et pisse
de longs rayons causant un trou
dans l’eau sans gicler
puis c’est le spectacle d’eux d’un seul –
ont-ils fusionné – au bain
de cette croupe de ce
pénis devenu queue
Avec Poèmes paniques, anthologie personnelle publiée aux Éditions LansKine et couvrant plus de vingt années d’écriture (1999-2020), Sophie Loizeau rassemble les lignes de force d’une œuvre singulière où le corps, l’animal, le désir, la forêt et le mythe ne cessent de se confondre. Cette traversée donne à voir une poésie qui refuse la séparation entre l’humain et le vivant, entre la chair et le langage.
Rien ici n’est apprivoisé. Ni la langue, ni le désir, ni la nature. La lecture avance comme on progresse dans des fourrés, à tâtons, avec l’impression persistante d’être observé.
Sophie Loizeau n’écrit pas la nature. Elle écrit depuis elle. Voilà toute la différence. La forêt n’est jamais un décor, pas davantage un refuge écologique conforme aux sensibilités du temps. Elle est une puissance. Une matrice. Un territoire où l’humain perd son privilège et retrouve son odeur.
Depuis Le Corps saisonnier jusqu’aux Loups, en passant par Le Roman de diane ou Féerie, la même obsession irrigue le livre. Le corps féminin cesse d’être un objet de représentation pour devenir une force animale, sexuelle, maternelle, cosmique. Le désir y côtoie la peur. La maternité touche au sacré païen. Les mythes grecs, les contes, les rapaces, les loups, Pan, Diane, les arbres, les chairs et les fluides composent une seule respiration. Chez Loizeau, tout vit ensemble ou tout meurt ensemble.
Cette poésie ne cherche jamais la joliesse. Elle préfère l’organique. Elle ose dire le sexe sans provocation, simplement parce qu’il appartient au même règne que les racines, les feuilles ou la boue. C’est une écriture de la sève. On comprend alors pourquoi certains lecteurs peuvent résister à cette langue. Elle ne rassure pas. Elle griffe. Elle salit parfois. Elle refuse surtout de désinfecter le monde.
Car ce qui demeure, c’est une voix. Une voix qui n’imite personne, qui refuse les facilités de l’autofiction lyrique comme les jeux formalistes. Sophie Loizeau avance à contre-courant, avec une fidélité rare à son imaginaire, jusqu’à faire de la langue elle-même un territoire sauvage.
Poèmes paniques rappelle finalement ce que la poésie oublie trop souvent : avant d’être une affaire d’idées, elle est une affaire d’instinct. Avant de convaincre, elle doit mordre.
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