21 Juil Rixe
Rixe de Jules Pétrichor tient dans une scène. Trente coups de couteau. Trente souvenirs. Le narrateur compte les plaies qu’il inflige à son propre corps pendant que remonte, dans le désordre, toute une existence façonnée par la peur, le quartier, la loyauté et la violence. Le dispositif pourrait relever de la démonstration. Pétrichor en fait une descente dans une conscience.
La réussite du livre tient d’abord à son refus des explications faciles. Rien ici du discours sociologique prêt-à-porter, rien du roman à thèse qui distribue les bons et les mauvais rôles. Le père frappe son fils mais l’aime. La mère protège autant qu’elle épuise ses forces. La bande détruit autant qu’elle sauve. Le quartier enferme, tout en offrant la seule famille disponible. Tout devient plus trouble. Et beaucoup plus vrai.
« La solidarité, c’est la seule chose qu’on ait. » Une phrase suffit à faire comprendre pourquoi des adolescents acceptent l’inacceptable. Plus loin : « Violer, c’est dominer. Tuer, c’est dominer.» Aucun effet spectaculaire. Seulement la logique nue d’un monde où l’existence se mesure au pouvoir exercé sur un autre. Le texte dérange parce qu’il refuse de rassurer.
Pétrichor sait écouter ses personnages. Le langage sonne juste sans tomber dans le folklore de banlieue. Chaque détail compte : le canapé posé sur le trottoir, le maillot du Real, les gâteaux de la mère, les notifications du téléphone, le père cloué sur son canapé. Une vie entière tient dans ces notations minuscules. Elles fabriquent une humanité là où l’actualité ne montre d’ordinaire que des silhouettes.
Au fond, Rixe parle moins des quartiers que de la fabrication des bourreaux. De cette mécanique qui transforme peu à peu un enfant terrorisé en homme persuadé que survivre consiste à frapper le premier. Une fois le livre refermé, les trente coups continuent de résonner. Aucun n’était destiné au seul corps de la victime. Ils atteignent une société entière qui découvre trop tard ce qu’elle a laissé grandir.
On s’en fout, ça. Ce qui compte, c’est ici et maintenant.
Faire des roues en scooter, parce qu’ici et maintenant, c’est chez
nous. Poser notre canapé sur le trottoir, parce qu’ici et maintenant,
c’est chez nous. Vendre notre shit sous vos yeux, parce qu’ici et
maintenant, c’est chez nous. Rapper et nous snaper avec du bif dans
les mains, gêner le passage et contraindre au détour, parce qu’ici et
maintenant, c’est chez nous.
Voilà ce que moi je ressens dans la poitrine quand on est tous en-
semble. Ici. Maintenant. Chez nous. Ça me brûle partout, je me sens
vivant, je me sens invincible. Chez nous.
Nous.
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