Poèmes en béton : Nantes dévoile sa saison 26.27

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Informations pratiques

du 4 novembre 2026au 30 mai 2027

– Lieux : Voir la programmation

– Tarifs : les rencontres au Lieu Unique sont gratuites. Certains autres rendez-vous sont payants

La Maison de la Poésie de Nantes est en travaux, mais les écrivains n’ont pas quitté le chantier. Du 4 novembre 2026 au 30 mai 2027, la saison « Poèmes en béton » réunit Sara Mychkine, Chloé Delaume, Claudine Galea, Cécile Coulon et plusieurs voix internationales autour d’une littérature qui se frotte aux questions de son temps. Féminisme, héritage colonial, bouleversements climatiques, guerre à Gaza : huit mois de lectures, de performances et de rencontres pour éprouver ce que les mots ont encore dans le ventre.

Le béton, les livres et les idées

Il fallait y penser. Fermer une Maison de la Poésie pour travaux et baptiser sa programmation « Poèmes en béton ». À Nantes, le clin d’œil architectural est devenu une affaire littéraire.

Depuis novembre 2025, la Maison du Change, édifice du XVe siècle qui abrite historiquement l’association, fait l’objet d’une importante rénovation. Réouverture prévue en 2028. En attendant, les poètes circulent dans la ville, du Lieu Unique au Musée d’arts, du Chronographe à Mixt.

L’appellation « Poèmes en béton », déjà utilisée pour la saison précédente, dépasse la plaisanterie sur les travaux. Elle traduit aussi la volonté de défendre une programmation ambitieuse dans un contexte de restrictions budgétaires pour la culture.

Cette année, il sera beaucoup question de domination, de frontières, de corps et de territoires. Avec des écrivains qui ne partagent ni les mêmes origines ni les mêmes méthodes, mais qui ont en commun de considérer la langue comme une matière à travailler, parfois à malmener.

Novembre : Sara Mychkine, naissance d'une langue

Pour ouvrir la saison, le 4 novembre, Sara Mychkine pose une question qui pourrait occuper quelques siècles de littérature : à qui appartient notre langue maternelle ?

Dans Où j’accouche de ma langue maternelle, performance mêlant spoken word, poésie et création sonore, l’autrice interroge les héritages coloniaux et patriarcaux inscrits dans le langage.

Le récit met en scène une orpheline lesbienne afrodiasporique. Derrière cette identité singulière se joue une interrogation plus vaste : comment se construire avec des mots chargés d’une histoire de domination ? Et comment inventer une parole qui ne reproduise pas celle dont on a hérité ?

En résidence à Nantes du 1er novembre au 15 décembre, Sara Mychkine retrouvera le public le 15 novembre au Chronographe pour une lecture de De minuit à minuit (Le Bruit du Monde, 2023). Ce roman en vers libres prend la forme d’une lettre adressée par une mère dépendante au crack à sa fille, dont la garde lui a été retirée.

Deux propositions où l’expérience intime rencontre la violence sociale. Une entrée en matière qui donne le ton : cette saison, la poésie ne sera pas nécessairement de tout repos.

Décembre : Chloé Delaume, spécialiste du désordre intérieur

Le 2 décembre, Chloé Delaume prendra le relais. Avec elle, mieux vaut se méfier des apparences, surtout lorsqu’elles prennent la forme d’un « je ».

Depuis plus de vingt ans, l’écrivaine explore les ressources de l’autofiction, brouille les frontières entre les genres et transforme sa propre identité en matériau littéraire. Romans, poésie, performances : son œuvre ressemble à un laboratoire dont elle aurait volontairement égaré le mode d’emploi.

Sa venue accompagne notamment la publication de Sans oublier qu’en plus c’est bientôt la fin du monde, une anthologie de ses poèmes parue en 2026 au Castor Astral. Tout un programme, jusque dans le titre.

Chez Chloé Delaume, le féminisme ne se limite pas aux sujets abordés. Il travaille les formes mêmes du récit. Qui parle ? Au nom de qui ? Et pourquoi faudrait-il toujours raconter une vie dans le bon ordre ?

La soirée « Carte d’identité poétique », animée par Caroline de Benedetti, permettra d’explorer cette part de son œuvre, parfois éclipsée par ses romans.

Janvier-février : les genres, les classes et quelques vieilles certitudes

Le 13 janvier, Claudine Galea et Christopher Alexander s’attaqueront à un autre monument littéraire : les représentations de l’amour.

Avec Hurlement Carcasse (L’Arche, 2026), Claudine Galea revisite l’univers d’Emily Brontë et les rapports de classe qui traversent les relations amoureuses. Christopher Alexander explore, de son côté, les possibilités d’une masculinité affranchie des assignations traditionnelles.

Le lendemain, Claudine Galea prolongera son séjour au Musée d’arts de Nantes, dans le cadre du dispositif « Poète à l’œuvre », avec un texte inspiré de l’exposition Surréelles.

Le 3 février, changement de continent avec l’Uruguayenne Lucía Etchart et l’écrivaine Sandra Lucbert. La première travaille une langue traversée par les questions de domination politique et sociale. La seconde dirige Catabase, un label éditorial de La Découverte consacré à des formes littéraires qui interrogent les réalités contemporaines.

Leur rencontre posera une question essentielle : comment raconter les mécanismes du pouvoir lorsque le langage ordinaire contribue parfois à les rendre invisibles ?

Mars-avril : du climat indien aux voix de Gaza

Le 17 mars, Jonaki Ray et Thibault Marthouret confronteront leurs regards sur les transformations environnementales de l’Inde. Elle écrit depuis Delhi, lui s’intéresse notamment au Sikkim, région himalayenne exposée aux bouleversements climatiques.

Les deux poètes traduisent mutuellement leurs textes. Une manière de confronter deux expériences du territoire, mais aussi deux langues face à une même réalité. Comment restituer un paysage que l’autre n’a pas vu ? Comment faire entendre la disparition progressive d’un monde familier ?

En avril, la Palestine sera au cœur de deux rendez-vous.

Le 14, la poétesse et journaliste Hend Jouda présentera Gaza ô ma joie, une performance en arabe surtitrée en français. Le lendemain, elle rencontrera Nour Elassy, également poétesse et journaliste, qui a quitté Gaza en juillet 2025 pour rejoindre Paris.

Leurs textes abordent la guerre, l’exil, la mémoire et la vie quotidienne. Une littérature née au contact immédiat des événements, dans laquelle écrire relève aussi de la nécessité de conserver une trace.

Au-delà du témoignage, une question traverse ces rencontres : que devient la littérature lorsque l’urgence historique semble ne plus lui laisser de place ?

Mai : Cécile Coulon, la douceur n'est pas une faiblesse

Le 12 mai, Cécile Coulon apportera une autre façon d’habiter la poésie.

Avec Noir volcan, réédité dans une version enrichie en 2026 au Castor Astral, et Retrouver la douceur (2025), l’écrivaine auvergnate poursuit une œuvre attentive aux corps, aux paysages et aux blessures intimes.

Chez elle, la nature n’est pas un décor destiné à embellir les sentiments. Elle possède ses violences, ses accidents, ses forces obscures. Son écriture, souvent brève et physique, préfère la précision d’une sensation à la grandiloquence.

Le 19 mai, Clara Lamaze, Claire Médard, Sophie Braganti et Suzanne Louis participeront à une soirée de lectures et de performances inscrite dans la Périphérie du Marché de la Poésie de Paris.

Enfin, le 30 mai, le Musée d’arts de Nantes célébrera les dix ans du dispositif « Poète à l’œuvre ». Dix auteurs, parmi lesquels Pierre Vinclair, Valérie Mréjen, Pierre Parlant et Véronique Pittolo, feront entendre des textes écrits au contact des collections.

Un dialogue entre peinture et poésie qui rappelle que regarder une œuvre peut aussi donner envie d’en écrire une autre.

2028 : une nouvelle maison pour la poésie

Pendant que les écrivains occupent les scènes nantaises, le chantier de la Maison du Change se poursuit.

Le projet prévoit un café-restaurant doté d’une scène, une bibliothèque, des espaces d’ateliers et un appartement destiné aux résidences d’auteurs. Réouverture annoncée courant 2028.

La Maison de la Poésie poursuit parallèlement ses interventions dans les établissements scolaires. Sara Mychkine, Claudine Galea, Lucía Etchart, Hend Jouda ou encore Cécile Coulon rencontreront des lycéens. Des ateliers sont également prévus au collège et à l’École des beaux-arts.

C’est peut-être là que se joue une partie de l’avenir de la poésie : dans sa capacité à rencontrer des lecteurs qui n’auraient pas spontanément poussé la porte d’une manifestation littéraire.

Le béton finira par sécher, les échafaudages disparaîtront et la Maison du Change rouvrira ses portes. D’ici là, les écrivains auront largement eu le temps d’en éprouver les fondations.

Et de rappeler qu’une maison de la poésie se construit d’abord avec des voix.

Maison de la Poésie de Nantes · Saison 2026–2027

Les principaux rendez-vous

Novembre 2026
04
Sara Mychkine
Où j'accouche de ma langue maternelle
Le Lieu Unique · 19 h 30
15
Sara Mychkine
De minuit à minuit
Le Chronographe · 16 h
Décembre 2026
02
Chloé Delaume
Carte d'identité poétique
Le Lieu Unique · 19 h 30
Janvier 2027
13
Claudine Galea et Christopher Alexander
Le Lieu Unique · 19 h 30
Février 2027
03
Lucía Etchart et Sandra Lucbert
Le Lieu Unique · 19 h 30
Mars 2027
17
Jonaki Ray et Thibault Marthouret
Le Lieu Unique · 19 h 30
Avril 2027
14
Hend Jouda
Gaza ô ma joie
Mixt · 20 h
15
Hend Jouda et Nour Elassy
Le Lieu Unique · 19 h 30
Mai 2027
12
Cécile Coulon
Le Lieu Unique · 19 h 30
19
Périphérie du Marché de la Poésie
Le Lieu Unique · Horaire à confirmer
30
Poètes à l'œuvre
Musée d'arts de Nantes · Horaire à confirmer

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