01 Avr hélas! n°13 : la poésie sue, déborde, et ça fait du bien
En publiant son treizième numéro le dernier jour du Printemps des Poètes, la revue numérique hélas! s’impose comme l’une des publications les plus vivantes du paysage poétique français. Gratuite, libre, assumant un thème aussi sudoripare qu’ambitieux — « La poésie est libre, la poésie transpire ! » —, elle convoque cinquante-deux contributeurs et confirme une ligne éditoriale : faire coexister l’image et le texte sans que l’un ne serve de simple décor à l’autre.
Il y a quelque chose d’un peu iconoclaste dans le geste de publier une revue de poésie un dimanche de clôture du Printemps des Poètes, comme si l’on arrivait avec une bouteille de vin naturel au moment où les autres plient les guirlandes. hélas! est une micro-revue numérique gratuite, à la parution aléatoire, qui propose chaque numéro des poèmes sous toutes leurs formes — vers libres, prose, haïkus — accompagnés de photographies, dessins et autres propositions visuelles.
Le thème retenu aurait pu virer au slogan de congrès. Il ne le fait pas vraiment, parce que la transpiration, contrairement à la liberté, est une contrainte physique — elle suppose un corps, un effort, une température. C’est une belle idée que de rappeler que la poésie est affaire d’organisme autant que d’esprit. Reste à voir si les cinquante-deux contributeurs s’en saisissent réellement ou si le thème reste un simple cadre formel.
Un montage exigeant
La liste des participants est longue et délibérément hétérogène : des noms récurrents dans l’écosystème hélas! — Isabelle Cochereau, Loé Photography, Minigraphik — aux côtés d’une majorité de voix moins connues. hélas! assemble des plumes confirmées et émergentes, des écritures lyriques ou brutes, des images documentaires ou oniriques. Dans un numéro à cinquante-deux contributeurs, la question du montage devient cruciale : qui parle à qui, quelle image dialogue avec quel texte ? La revue ressemble à un magazine complet, avec une cohérence graphique et un équilibre subtil entre noir et blanc, couleur, dessin et photo— un soin iconographique rare dans le milieu, hérité du parcours de plasticien du fondateur Matthieu Limosino.
Un modèle qui tient
hélas! repose sur le bénévolat intégral : auteurs, photographes, illustrateurs et éditeurs offrent leurs œuvres par conviction et par désir de partage. Treize numéros en moins de trois ans sans budget ni subvention, c’est un rythme soutenu — et une preuve que ce modèle trouve son public. La maison d’édition associative nos accointances, fondée en Normandie en 2025 par Adèle et Matthieu Limosino, est née directement dans le sillage de ce succès.
En marge du numéro, la revue appelle à soutenir Les Vieilles, un recueil de Julie Gaucher — poète et chercheuse en littérature française, connue pour Et elles se mirent à courir (Éditions du Volcan, 2022). Ce titre ne figure pas encore dans sa bibliographie publiée : il s’agit d’un projet en cours de financement, dont on ne peut encore rien dire du contenu.
hélas! n°13 s’inscrit dans une continuité assumée. La revue dépose sa livraison avec la discrétion de ceux qui font les choses parce qu’ils les font, pas pour être vus en train de les faire. Ce que le thème de la transpiration exige, c’est que les textes tiennent debout seuls. Le PDF est en accès libre — à vous de vérifier.
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