27 Août Le FIL remet la poésie en circulation du 23 septembre au 3 octobre
Informations pratiques
23 septembre
au 3 octobre 2026
Festival international
de la littérature, FIL
5445, avenue de Gaspé, bureau 525, Montreal, QC, Canada, Quebec
Du 23 septembre au 3 octobre 2026, le Festival international de la littérature investit Montréal pour sa 32e édition. Près de 200 écrivains et artistes, plus de quarante rendez-vous : derrière l’ampleur du programme, une ligne se détache nettement. La poésie y circule partout, de Mahmoud Darwich à Ingeborg Bachmann, de René Depestre à Dionne Brand, jusqu’aux voix québécoises les plus contemporaines. Et surtout, elle refuse de rester assise dans un livre.
À Montréal, le Festival international de la littérature porte bien son acronyme : FIL. Depuis plus de trente ans, il tire des lignes entre les textes et ce qui les déborde — théâtre, musique, cinéma, photographie, performance. L’édition 2026 pousse cette logique assez loin pour transformer la ville en vaste chambre d’écho littéraire.
La poésie y occupe une place particulièrement visible. Non comme une spécialité réservée à quelques initiés, mais comme une matière sonore, politique, traduite, chantée et parfois même mangée au milieu d’un brunch.
Darwich, la poésie à table
Le 27 septembre, le restaurant KazaMaza accueillera ainsi Un dimanche avec Mahmoud Darwich. Lectures en arabe et en français, musique et mezzés : le format aurait pu tourner au folklore culturel. L’enjeu est ailleurs. Il s’agit de remettre en circulation la langue du grand poète palestinien, disparu en 2008, et cette manière si particulière qu’il avait de faire tenir dans un même vers la terre, l’exil, l’amour et l’Histoire.
Darwich sera également présent en ligne avec une archive de Figures du Palestinien, rencontre créée au Centre Pompidou en 2004 : Elias Sanbar y échange sur l’identité et les origines avant que Darwich ne lise ses poèmes en arabe, repris en français par Sanbar. Une archive qui prend, en 2026, une résonance difficile à considérer comme simplement patrimoniale.
Cette tension entre le poème et le monde traverse largement le programme. Le 2 octobre, les Midis littéraires poseront frontalement la question : « La poésie, entre douceur et acte de résistance ». Autour de la table, Jean Désy, Eli Tareq El Bechelany-Lynch et le poète haïtien James Noël. Pas de débat abstrait sur l’utilité de la poésie : il sera question de guerre, de racisme, de haine, et de ce que peut encore une langue quand elle refuse précisément celle de la brutalité.
René Depestre, cent ans et toujours debout
Autre présence forte : René Depestre, né à Jacmel en 1926 et dont le centenaire donne lieu à un hommage accessible en ligne pendant toute la durée du festival. Imaginée par James Noël à la Maison de la poésie de Paris, la soirée réunit notamment Jean D’Amérique, Gaël Faye, Célimène Daudet, Kettly Noël et James Noël autour d’une œuvre où l’érotisme n’a jamais été très éloigné de la révolte.
Traduire Dionne Brand, ou remettre le poème en jeu
Le 28 septembre, le Cabaret de la traduction choisira une autre porte d’entrée avec l’œuvre de Dionne Brand, poète, essayiste et romancière née à Trinité-et-Tobago et installée au Canada depuis 1970.
Trois traductions françaises inédites de ses poèmes seront proposées au public. Celui-ci pourra comparer — et même voter. Derrière le jeu, une vraie question littéraire : que reste-t-il d’un poème quand on déplace sa langue ? Son rythme ? Sa politique ? Ses silences ? La rencontre sera animée par la poète et traductrice Chloé Savoie-Bernard.
Queen Ka branche la poésie québécoise sur le courant
Avec Je vous aime tant, le 28 septembre, Queen Ka — pseudonyme d’Elkahna Talbi — prend encore une autre direction. Elle récite et chante un vaste répertoire où se croisent notamment Saint-Denys-Garneau, Gilbert Langevin, Pierre Morency, Hélène Dorion, Jean-Paul Daoust, Denise Boucher, Michèle Lalonde, Hélène Monette, Marie-Andrée Gill et Catherine Côté.
Pas question ici de transformer le poème en chanson aimable. Sur les compositions de Blaise Borboën-Léonard et Stéphane Leclerc, la poésie québécoise change de régime sonore : électro, folk, musique contemporaine. Elle conserve ses mots mais modifie son adresse. Et retrouve peut-être au passage des auditeurs qui ne seraient jamais entrés dans une librairie pour chercher un recueil.
De Bachmann à Maya Cousineau Mollen
La programmation fait également une place à Ingeborg Bachmann, dont 2026 marque le centenaire de la naissance. Poète majeure de l’après-guerre germanophone avant d’être l’autrice de Malina, Bachmann demeure l’une de celles qui ont le plus durement interrogé les rapports entre langage, violence, amour et pouvoir. Le FIL lui consacre plusieurs propositions en collaboration avec le Goethe-Institut Montréal.
Le 30 septembre, la poésie quittera cette fois la salle de spectacle pour le Musée des beaux-arts de Montréal. La soprano innue Elisabeth St-Gelais y interprétera Rien ne tuera ma lumière, poème de Maya Cousineau Mollen, mis en musique par la compositrice anishinaabe Barbara Assiginaak. Le rendez-vous s’inscrit dans la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation et sera présenté en mémoire de la compositrice crie Cris Derksen, morte en mai 2026.
Et Vigneault pour finir
La dernière journée du festival offrira une autre manière de faire bouger le poème. Le 3 octobre, Sentiers intérieurs associera des textes de Gilles Vigneault — dont certains inédits — à un cycle de lieder composé par Simon Leclerc. Le baryton Hugo Laporte et le pianiste Olivier Godin porteront cette création inspirée de la tradition de Schubert mais pensée dans une langue et un imaginaire québécois contemporains.
Le geste résume assez bien cette édition : prendre la poésie au sérieux sans pour autant l’immobiliser.
Pendant onze jours, Montréal ne deviendra sans doute pas littéralement « la capitale mondiale de la littérature ». Les capitales autoproclamées sont toujours suspectes. Mais le FIL défend quelque chose de plus intéressant : l’idée qu’un texte n’est pas terminé lorsque le livre se referme.
Il peut repartir ailleurs. Dans une chanson. Une autre langue. Un musée. Un restaurant. Une voix palestinienne enregistrée vingt ans plus tôt. Un piano. Une rue.
Et c’est peut-être là que la poésie retrouve le mieux sa fonction : lorsqu’elle recommence à circuler.
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