06 Oct 44e Foire du livre de Brive du 6 au 8 novembre
Informations pratiques
6 au 8 novembre
– Lieu : Halle Georges-Brassens, Espace des Trois Provinces et différents lieux culturels du centre-ville.
– Tarif : Gratuit
D6 au 8 novembre 2026, Brive remet les tables, les livres et les auteurs sous la halle. Mais dans cette immense mécanique de rentrée littéraire, la poésie ne compte plus jouer les figurantes. Pour la deuxième année, la Foire lui confie une grande invitée et un programme à part entière. Après Hélène Dorion, Béatrice Bonhomme prend la main. Avec James Noël, Cédric Villani, des lycéens, des musiciens et des plasticiens dans le paysage, le genre sort franchement du rayon.
l fallait sans doute commencer par là : Brive, royaume du roman de rentrée, des files de dédicaces et des quelque 500 auteurs et illustrateurs annoncés chaque année, installe désormais la poésie dans son dispositif central. La 44e Foire du livre, présidée par Dominique Bona, se tiendra du vendredi 6 au dimanche 8 novembre. La littérature générale retrouvera la halle Georges-Brassens, agrandie de 1 000 m², tandis que jeunesse et bande dessinée seront accueillies à l’Espace des Trois Provinces.
Au milieu de cette grosse machine, un espace travaille à une autre vitesse : L’Ouvroir, où doit se concentrer une partie importante de la programmation poétique.
Béatrice Bonhomme, poésie grand format
La fonction est récente. En 2025, Hélène Dorion devenait la première « grande invitée poésie » de Brive. Pour 2026, le relais passe à Béatrice Bonhomme. Le choix a du sens : poète, critique, universitaire, fondatrice en 1994 de la revue Nu(e), elle construit depuis plus de trente ans une œuvre où le corps, la mémoire, le vivant et la transmission circulent sans cloison étanche. Son Monde, genoux couronnés a reçu le prix Mallarmé 2023 ; Murmurations des oiseaux, écrit après sa résidence à Brive, a obtenu le prix Roger Caillois. Elle publie cette année L’Œil éclaboussé à L’Étoile des limites.
Brive lui donne surtout autre chose qu’un fauteuil d’honneur et une pile de livres à signer. La programmation imaginée autour d’elle déplace la poésie vers d’autres disciplines.
Vendredi 6 novembre, le dialogue sera même poussé du côté des mathématiques : Cédric Villani, médaille Fields, doit retrouver Béatrice Bonhomme et le psychanalyste Philippe Bouret pour une rencontre « Poésie et sciences ». En amont, plus de 400 élèves sont annoncés autour de ce rapprochement entre langage poétique et pensée scientifique. Le même jour, une « Lettre à des jeunes poètes » fera travailler la transmission avec des lycéens, des lectures chorales, du théâtre et des arts plastiques.
Ce n’est plus tout à fait la poésie invitée à venir réciter ses vers dans un coin du salon. C’est la poésie utilisée comme point de départ : vers les nombres, l’image, la scène, l’école.
James Noël, Mallarmé 2026 : Haïti entre dans la Foire
Autre moment fort : James Noël recevra à Brive le Grand Prix de poésie de l’Académie Mallarmé 2026, attribué à Paons, paru chez Au diable Vauvert. La remise est annoncée samedi 7 novembre à 14 heures à L’Ouvroir, avant une mise en voix par des lycéens puis, à 16 heures, une tribune consacrée au « personnel et à l’universel dans la poésie ».
Avec Paons, le poète haïtien ne contourne guère le réel. Port-au-Prince, les violences, le déracinement, les fantômes d’un pays et la circulation d’une ville à l’autre traversent le livre. Le paon y perd vite sa réputation d’animal décoratif : l’oiseau devient une manière de parler d’Haïti, de ses blessures, de ce qui résiste et de ce qui refuse de disparaître. Le livre, paru en janvier 2026, inscrit cette colère dans une géographie beaucoup plus large que l’île.
Sa présence donne aussi une profondeur particulière au lien que Brive entretient désormais avec le prix Mallarmé. Béatrice Bonhomme l’avait obtenu en 2023 ; le Roumain Valeriu Stancu, lauréat 2025 pour L’Insomniaque fusil de Rimbaud, a ensuite été accueilli en résidence dans la ville en mars 2026. Le prix ne vient donc plus seulement poser son palmarès le temps d’un week-end : il commence à fabriquer une continuité.
Du vivant, pas en papier peint
Dimanche, la programmation de Béatrice Bonhomme revient précisément sur l’un des fils qui traversent son écriture. Dès 9 h 30, « Regard sur le paysage et le vivant » associera lectures, musique et harpe avec le Conservatoire de Brive. À 14 heures, Réparer le vivant prendra une direction plus sombre : un récital autour de la violence et de la réparation, porté par Bonhomme et le musicien Arnaud Combe, à partir de L’Œil éclaboussé et de Qu’advienne ce surcroît, annoncé à paraître. Une adaptation filmée réalisée par l’artiste Stello Bonhomme prolongera la lecture.
Le mot « vivant » est devenu si fréquent dans les programmes culturels qu’il finit parfois par ne plus rien désigner. Ici, il retrouve un peu de nerf. Chez Bonhomme, il ne s’agit pas d’ajouter trois oiseaux et deux arbres au décor : le vivant engage le corps, la vulnérabilité, la violence subie, la possibilité de réparer — ou de ne pas réparer tout à fait.
C’est peut-être là que Brive devient intéressante pour la poésie. Une foire du livre de cette taille pourrait se contenter de lui réserver quelques chaises entre deux locomotives éditoriales. Elle choisit au contraire de la faire circuler : chez les lycéens, dans les mathématiques, avec la musique, le cinéma ou les arts plastiques.
La poésie ne prendra évidemment pas possession des milliers de mètres carrés de la Foire. Ce n’est pas le sujet. Elle obtient mieux qu’un supplément de surface : un programme, une invitée qui le construit et du temps pour essayer des choses. Dans un événement dominé par la vitesse de la rentrée, les ventes et la succession des nouveautés, ce déplacement n’a rien d’anecdotique.
À Brive, cette année, il faudra donc regarder un peu au-delà des piles.
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