06 Nov À Québec, la poésie érotique se met à nu du 14 au 16 novembre
Informations pratiques
du 14 au 16 novembre
– Lieux : Studio Marc Doré du Conservatoire d’art dramatique de Québec – 31, rue Mont-Carmel, Québec
– Tarifs : 18 $ CA (régulier), 11 $ CA (étudiant).
Louise Labé, Victor Hugo, Joyce Mansour, Cécile Coulon : quatre siècles d’écart, quelques pudeurs en moins et une même affaire de peau. Du 14 au 16 novembre 2026, le Conservatoire d’art dramatique de Québec s’attaque à six siècles de poésie érotique francophone. Avec Entre la nuit de ton nu et le jour de mes joues, une nouvelle génération de comédiens fait sortir les vers des anthologies pour leur rendre ce qu’ils n’auraient jamais dû perdre : leur température.
Le désir n’a pas pris une ride
On imagine parfois la poésie ancienne comme une affaire de dentelles, de soupirs et de sentiments soigneusement repassés. C’est oublier que nos grands auteurs avaient aussi un corps, des désirs et, pour certains, un vocabulaire qui ferait rougir les manuels scolaires.
À Québec, les étudiants de deuxième année en Jeu et en Scénographie du Conservatoire d’art dramatique ont décidé de remettre les choses à leur place. Ou plutôt de les déranger.
Sous la direction de Frédérique Bradet, leur récital Entre la nuit de ton nu et le jour de mes joues traverse six siècles de poésie érotique francophone, du XVIe siècle à nos jours. Une vingtaine de poétesses et de poètes sont annoncés au programme, parmi lesquels Louise Labé, Victor Hugo, Joyce Mansour et Cécile Coulon. Quatre écritures, quatre époques, autant de manières de rappeler que la littérature n’a jamais attendu la révolution sexuelle pour s’intéresser aux plaisirs de la chair.
L'amour, la peau et les mots
Louise Labé, au XVIe siècle, écrivait le désir féminin à la première personne avec une liberté qui continue de surprendre. Victor Hugo explorait les élans amoureux entre passion et sensualité. Plus tard, Joyce Mansour, figure du surréalisme, dynamitait les convenances avec une poésie charnelle, parfois féroce. Quant à Cécile Coulon, elle appartient à une génération qui n’a plus besoin de demander la permission pour écrire le corps et ses tourments.
Ce parcours rappelle aussi que la poésie érotique n’est pas une littérature de second rang. Elle travaille au contraire l’une des grandes difficultés de l’écriture : comment traduire une sensation, donner une forme au désir, nommer sans affadir ?
L’érotisme peut être tendre, drôle, brutal, provocateur. Il parle autant de liberté que de possession, de plaisir que de pouvoir. Et il oblige les mots à se débrouiller avec ce qui leur échappe.
Quand les vers prennent corps
Confier ces textes à de jeunes comédiens ajoute une dimension supplémentaire. Un poème lu silencieusement et le même texte prononcé devant un public ne produisent pas nécessairement le même effet. Il faut trouver le rythme, assumer les mots, négocier les silences. Une métaphore délicate peut soudain devenir provocante. Un vers trop solennel perdre toute sa superbe lorsqu’il rencontre une voix de vingt ans.
Pour cette première prestation publique de la cohorte, les étudiants en Jeu sont accompagnés de leurs camarades en Scénographie, chargés de leur première conception scénique. Le projet associe également le Conservatoire de musique de Québec, avec des compositions originales de Justin Tremblay et Mathys Valois.
De Louise Labé à Cécile Coulon, les interdits ont changé, les mœurs aussi. Mais les poètes continuent de se heurter à la même difficulté : trouver une langue assez précise pour dire le désir sans le réduire à une formule.
Six siècles plus tard, cette histoire de peau fournit toujours du travail aux poètes. Et manifestement aux comédiens.
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