22 Mai Souleymane Diamanka distingué par les Jeux Floraux pour l’ensemble de son œuvre
Le 4 mai 2026 la plus ancienne académie littéraire d’Europe encore en activité a décerné son Grand Prix international de poésie slamée à Souleymane Diamanka. Une distinction attribuée « pour l’ensemble de son œuvre » à un artisan de l’oralité contemporaine, mêlant genres, cultures et traditions poétiques. Une récompense qui dépasse le cadre d’un simple palmarès, tant pour le poète franco-sénégalais que pour l’institution doyenne qui a soufflé ses 702 bougies cette année.
Une création récente dans l’histoire de l’Académie
À l’occasion de son 700ème printemps, l’Académie des Jeux Floraux annonçait, par la voix du poète et maître de cérémonie Marc Alexandre Oho Bambe, la création d’un nouveau prix dédié à la poésie slamée à partir de l’année suivante. Considéré comme vecteur de démocratisation de la poésie auprès des jeunes, « le slam est indissociable de la poésie » rappelait le poète lors d’une déclaration à l’AFP. Une façon pour l’Académie de continuer de faire fleurir les mots sans jamais faner. S’inscrire dans la modernité, sans tomber dans le chausse-trape du suranné.
Fondés en 1323 à Toulouse, avec une première joute lyrique organisée en mai 1324, les Jeux Floraux ont longtemps incarné une certaine idée de la tradition poétique. Voir cette institution consacrer une forme de poésie incarnée et performée, apparaît comme un passage de relais entre deux mondes que l’on a parfois opposés : celui de la page et celui de la voix.
Adoption des codes contemporains ou retour aux sources ? Les Jeux Floraux ont été à l’origine institués par sept troubadours. Des poètes et compositeurs lyriques donc. Une poésie chantée devant un public, souvent accompagnée de musique, et scénographiée. Une belle façon pour l’Académie de montrer qu’elle sait à la fois regarder devant elle et reconnaître l’héritage du passé. La boucle est bouclée.
Une consécration pour Souleymane Diamanka
Le poète d’origine peule, qui jongle avec les mots et les proverbes ancestraux dans une langue nomade et sans frontières, revient avec émotion sur cette distinction qui rime – et c’est le cas de le dire – avec consécration, ainsi que sur sa carrière, pardon, sa destinée.
Car il y a cinquante ans, la sage-femme de la maternité dakaroise dans laquelle il a poussé son premier cri l’avait prédit : la voix de cet enfant porterait, et on l’écouterait. Une prophétie somme toute confirmée aujourd’hui.
« Ce qui m’a le plus touché est d’être récompensé pour l’ensemble de mon œuvre » nous partage Souleymane Diamanka. La considération porte ainsi tout autant sur ses premiers concerts de RAP (des premières parties de concerts de NTM dès quinze ans avec son groupe de hip-hop Djangu Gandhal, excusez du peu), sur ses albums, ses recueils et son seul-en-scène.
En recevant un prix qui salue toute une carrière, le poète a une pensée émue pour son dernier livre, 50 sonnets pour mes 50 printemps (paru l’année dernière chez MultiKulti Éditions) et son spectacle : One Poet Show, actuellement à l’affiche du Théâtre Le République à Paris. Deux formes rétrospectives, traversées par l’idée du bilan, et qui apparaissent comme le parachèvement de ce qu’il pourrait considérer comme son œuvre.
« Dans ce métier on doute beaucoup. »
L’auteur confie ensuite avec gratitude à quel point ce prix le rassure à bien des égards et fait du bien à son entourage – un « diplôme » qu’il n’a jamais eu et qu’il dédie à ses parents.
Cette distinction confirme également que le chemin poétique qu’il a emprunté avec tellement d’ardeur et de conviction, au point d’abandonner ses études avant le BAC, était bien celui qui lui était destiné. Il se sent ainsi à sa juste place et continue sa mission – celle de transmettre un héritage peul fait de proverbes ancestraux emprunts de sagesse et de poésie, tout en bâtissant des ponts entre langues, cultures et moyens d’expression – avec le même élan qu’aux premiers temps.
Le poète à la voix grave et rythmée comme une lente procession n’est pas non plus peu fier de s’inscrire dans la lignée d’illustres lauréats tels que Ronsard ou Victor Hugo, pour ne citer qu’eux.
Et puis enfin l’agrément, et non des moindres, d’être récompensé de son vivant pour son œuvre — tandis qu’il est si souvent d’usage de couronner les trépassés. Alors, gloire aux vivants, et vive la poésie, sous toutes ses formes !
One Poet Show
« Que le mot soit perle ! »
Le bruissement d’abord timide devient rapidement clameur, portée par une assemblée de faiseurs de vœux. À l’unisson les voix des spectateurs se mêlent, s’élèvent, invoquent avec Souleymane Diamanka – notre guide dans ce voyage sensoriel -, la magie poétique.
Le papier froissé qu’il tient dans la main devient papillon : les mots encrés s’envolent, l’émotion s’ancre. Touché.
Dans son One Poet Show, Souleymane Diamanka, poète-slameur venu d’ici et d’ailleurs, nous ouvre les portes de son atelier intérieur et nous conte sa destinée. Entre vers slamés, anecdotes, improvisations rimées et balles jonglées, l’écho des ancêtres et mentors qui l’ont accompagné se mêle au pulsations hip-pop qui rythment sa vie depuis ses plus jeunes années. Avec lui nous empruntons à rebours le chemin vers son passé : un présent qu’il nous offre, en nous souhaitant un futur étoilé.
À la confluence d’influences en apparence opposées, ce Bordelais d’origine peule se veut trait d’union entre les cultures, entre le dit et l’écrit.
Son spectacle d’ « oralittérature » est un voyage initiatique dans lequel il nous partage les secrets d’une poésie qui, au-delà de rassembler, soigne.
Bon voyage !
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