Pierres Vives : le Seuil remet la poésie au centre

Photo : © DR - Photo-montage - Cette représentation est purement illustrative et ne prétend pas reproduire une situation réelle.

Le Seuil ouvre « Pierres Vives », une collection entièrement consacrée à la poésie et confiée à Pierre Hild. Quatre à cinq livres par an, des voix nouvelles, des traductions, mais aussi un dialogue assumé avec l’histoire de la maison : derrière ce lancement, c’est une certaine idée de la poésie contemporaine qui cherche sa place en librairie.

Il y a les collections qui naissent et celles qui reviennent avec leur histoire. Pierres Vives appartient un peu aux deux. Le Seuil reprend aujourd’hui ce nom pour installer la poésie dans un espace éditorial qui lui soit entièrement consacré.

La direction en est confiée à Pierre Hild, secrétaire général du Seuil. Le programme restera volontairement resserré : quatre à cinq recueils par an, avec une attention particulière portée aux auteurs et autrices émergents, sans s’interdire d’accueillir des écrivains déjà présents au catalogue qui choisiraient de s’aventurer du côté du poème.

Deux voix pour ouvrir la collection

Les deux premiers livres donnent immédiatement une idée de cette ouverture : Méduse-moi d’Amanda Brizzi et Bèstia d’Irene Solà. Deux écritures et deux trajectoires différentes, mais une même volonté de ne pas enfermer la poésie dans son périmètre traditionnel.

Pierre Hild parle d’une possible « littérature de confrontation », reprenant une expression d’Édouard Louis : des écritures capables de faire se heurter la forme littéraire et les questions politiques ou sociales. Pas question cependant d’en faire une doctrine. Le directeur de la collection le précise : ce qui doit d’abord compter est la singularité d’une voix.

C’est peut-être là que se jouera l’identité de Pierres Vives. Non dans la définition préalable de ce que devrait être la poésie contemporaine, mais dans sa capacité à accueillir des écritures qui circulent : entre littérature, arts plastiques, scène, performance ou récit.

Un vieux nom pour de nouvelles écritures

Pierres Vives n’a pas été choisi au hasard. Le nom appartient à l’histoire du Seuil. Une première collection ainsi baptisée avait été créée en 1945 par Claude-Edmonde Magny. Consacrée principalement à la critique et aux essais littéraires, elle avait également ménagé une place importante à la poésie et accueilli des auteurs aussi différents que Pierre Jean Jouve, Léon-Gontran Damas, T. S. Eliot, Jean-Marie Gleize ou Édouard Glissant.

La nouvelle collection ne cherche donc pas à effacer cette généalogie. Elle la remet en circulation. Sa maquette elle-même regarde du côté d’« Écrire », la collection-revue créée par Jean Cayrol en 1956.

Ce jeu avec les archives ne devrait d’ailleurs pas rester symbolique. Une fois par an, Pierres Vives publiera un volume consacré à un poète ou une poétesse, français ou étranger, ayant entretenu un lien particulier avec l’histoire du Seuil. Nicanor Parra, immense dynamiteur de la poésie chilienne et inventeur revendiqué de « l’antipoésie », ouvrira cette série mémorielle.

Sortir la poésie de son enclos

Reste la question essentielle : pourquoi maintenant ?

Pierre Hild évoque la vitalité actuelle de la poésie en France. Elle se mesure difficilement dans les seuls chiffres de vente. Elle apparaît ailleurs : lectures publiques, festivals, performances, revues, petites maisons d’édition, croisements avec la musique et les arts visuels. Une génération d’auteurs travaille désormais sans se préoccuper beaucoup des frontières entre les disciplines.

Le Seuil semble avoir entendu ce déplacement.

L’enjeu de Pierres Vives dépasse donc les quelques livres qui paraîtront chaque année. Voir une grande maison généraliste redonner à la poésie une collection identifiable constitue en soi un signal. Non parce que la poésie aurait attendu le Seuil pour être vivante — les éditeurs indépendants savent depuis longtemps qu’elle ne l’a jamais cessé — mais parce qu’une collection lui donne une autre surface d’exposition.

Pierres Vives devra maintenant faire ce que son nom promet : trouver, sous la pierre éditoriale, ce qui bouge encore.

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