08 Oct Gratte-Monde : fête ses trente ans, les 27 et 28 novembre
Informations pratiques
27 et 28 novembre 2026
– Lieu : Espace culturel René Proby, 2 place Édith-Piaf, rue George-Sand, 38400 Saint-Martin-d’Hères (Isère).
– Tarif : 10 € (plein tarif), 5 € (tarif réduit). Ateliers du festival : 10 €. Spectacles gratuits pour les moins de 12 ans. Certaines manifestations sont gratuites.
– Renseignements et réservations : 04 76 03 16 38
À trente ans, certains festivals commencent à s’assagir. Gratte-Monde semble avoir choisi l’option inverse. Les 27 et 28 novembre 2026, à Saint-Martin-d’Hères, près de Grenoble, le festival de poésie célèbre sa trentième édition avec un thème qui annonce assez bien la couleur : « Tirons la langue ». Deux journées de lectures, de performances et de rencontres pour examiner ce drôle d’instrument qui nous sert à parler, à penser et, les bons jours, à nous comprendre.
La langue est une invention admirable. Elle permet de déclarer sa flamme, de raconter des histoires, ou de demander son chemin. Elle sert aussi à écrire des poèmes, ce qui, convenons-en, n’est pas son usage le plus répandu. Depuis trente éditions, Gratte-Monde s’intéresse précisément à ceux qui en font un métier, une passion ou une délicieuse manie.
Organisé par la Maison de la poésie Rhône-Alpes, le festival a choisi de consacrer cet anniversaire aux multiples façons de parler, d’écrire et de malmener le langage. La question est vaste. Elle a le mérite de concerner absolument tout le monde.
Des poètes qui ont de la voix
Deux personnalités parrainent cette édition : Sabine Venaruzzo et Gérard Cartier. La première, poétesse, performeuse et chanteuse lyrique, a fait de la voix et du corps des partenaires naturels de l’écriture. Fondatrice des Journées Poët Poët, elle pratique une poésie qui s’écoute autant qu’elle se lit. Le second, poète grenoblois, a notamment participé avec Francis Combes à l’aventure des poèmes affichés dans le métro parisien. Il fallait une certaine confiance dans la littérature pour imaginer qu’un voyageur pressé puisse interrompre sa contemplation des publicités au profit de quelques vers.
Le vendredi 27 novembre commencera avec les jeunes générations : des élèves de l’école Voltaire et du lycée Pablo Neruda présenteront le fruit de leurs ateliers d’écriture. Suivra La poésie, ça m’saoule et j’y comprends rien !, un spectacle dont le titre a le mérite de formuler tout haut ce que certains lecteurs pensent tout bas.
La soirée réunira Sabine Venaruzzo, Marlène Tissot et Manuel Van Thienen. Trois approches, trois sensibilités, et probablement quelques désaccords salutaires sur la meilleure manière de faire vivre un poème.
La langue dans tous ses états
Le samedi, la revue Bacchanales sera à l’honneur avec son numéro 76, Tirons la langue. Quarante-huit poètes et poétesses y explorent les ressources du langage, accompagnés des œuvres de Lionel Lathuille. Voilà qui devrait suffire à démontrer que le français, malgré les inquiétudes périodiques sur son état de santé, conserve de beaux restes.
Autre publication présentée : le numéro 75, Anthologie de la poésie africaine subsaharienne : une cartographie sensible, qui rassemble 32 voix choisies par Stève-Wilfrid Mounguengui. Celui-ci prolongera la présentation par une performance, L’Autre langue des rivières. L’occasion de découvrir des écritures et des imaginaires dont la diversité résiste heureusement aux classements trop commodes.
À 16 h 30, une table ronde posera une question d’apparence innocente : Quelle(s) langue(s) parlons-nous ? Autour de Philippe Gonnet, Seyhmus Dagtekin, Jean-Pierre Bobillot, Sabine Venaruzzo, Lara Dopff et Marcel Bénabou confronteront leurs expériences. La présence de Virginie Baudet, interprète en langue des signes française, élargira encore la réflexion.
Car parler une langue ne consiste pas uniquement à en connaître le vocabulaire. C’est aussi hériter d’une histoire, habiter une culture, parfois vivre entre plusieurs mondes. Les poètes le savent mieux que quiconque : les mots nous appartiennent beaucoup moins que nous ne le croyons.
Une soirée pour finir en beauté
Le samedi soir, la scène accueillera Seyhmus Dagtekin, avec Sagesses kurdes et d’ailleurs, Pierre Soletti, dont Je travaille pas et j’en ai fait mon métier laisse présager quelques réjouissantes insolences, et Salah Al Hamdani, qui présentera La force des mots contre les pouvoirs forts. Chez ce poète irakien marqué par la prison et l’exil, la question du langage prend une gravité particulière.
Ateliers d’écriture, expositions et salon d’éditeurs indépendants complètent le programme. Gros Textes, Phloème, La Kainfristanaise ou les éditions d’en bas seront notamment présents. Ces maisons accomplissent un travail discret, souvent obstiné, dont la poésie contemporaine aurait bien du mal à se passer.
Trente éditions représentent une belle fidélité, surtout dans un domaine où la rentabilité n’est pas toujours la première qualité des entreprises. Gratte-Monde poursuit ainsi une histoire poétique commencée dans l’agglomération grenobloise au cours des années 1980.
On ignore ce que sera la poésie dans trente ans. C’est peut-être ce qu’elle a de plus rassurant. En attendant, Gratte-Monde nous propose de tirer la langue. Il y a des anniversaires plus ennuyeux.
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