21 Sep Le Festival international de la poésie de Trois-Rivières revient du 2 au 11 octobre
Informations pratiques
2 au 11 octobre
– Lieu : Trois-Rivières (Québec) et plusieurs lieux environnants.
Du 2 au 11 octobre, le Festival international de la poésie de Trois-Rivières revient pour une 42e édition baptisée « Murmures ». Quatre-vingt-quinze poètes, plus de 200 rendez-vous, une cinquantaine de lieux : ici, la poésie ne reste pas sagement sur scène. Elle passe au café, s’attarde au restaurant, entre au musée, investit les bibliothèques et s’accroche même à des cordes dans les parcs. Pendant dix jours, Trois-Rivières reprend son rôle de drôle de capitale mondiale du poème.
Faire du bruit en murmurant
Le mot choisi pour cette édition pourrait faire croire à un festival en sourdine. C’est plutôt l’inverse.
« Murmures » pose une question assez simple : quelle place reste-t-il aux voix qui ne hurlent pas ? Dans le vacarme des opinions, des injonctions et des prises de parole instantanées, le Festival international de la poésie de Trois-Rivières choisit le volume bas. Pas le silence. Étienne Poirier, codirecteur général et directeur administratif, présente même le murmure comme une possible forme de résistance et voit dans la poésie un moyen de sortir des « chambres d’écho » produites par la polarisation.
Le programme lui donne une traduction très concrète. Du 2 au 11 octobre, 95 poètes venus d’une vingtaine de territoires et régions du monde sont annoncés : Québec, Acadie, France, Belgique, Cameroun, Mexique, Argentine, Roumanie, Sénégal, Liban, Kosovo, Pologne, Portugal, Finlande, Louisiane ou encore Hong Kong et Ontario. Plus de 200 activités doivent se déployer dans une cinquantaine de lieux, principalement à Trois-Rivières, avec quelques échappées vers Shawinigan, Nicolet ou Saint-Mathieu-du-Parc.
C’est la vieille et très efficace idée de Trois-Rivières : ne pas demander au public de venir jusqu’à la poésie, mais placer la poésie sur son chemin.
Le poème sort de la salle
On pourra donc entendre des textes au Café-Bar Zénob, dans une microbrasserie, au restaurant, à la bibliothèque, au musée, dans une ancienne prison ou dans la chapelle des Ursulines. Les traditionnelles cordes à poèmes reviennent également : au parc Champlain, mais aussi avec des textes d’Hélène Monette et, à Nicolet, de Joséphine Bacon proposés en français et en innu.
Cette circulation dit quelque chose du projet du FIPTR : enlever au poème son cérémonial sans lui enlever sa force.
La programmation mélange ainsi récitals, ateliers, repas-poésie, rencontres, expositions, lectures et rendez-vous nocturnes. Le 4 octobre, Poésie à la chandelle, dans la chapelle du Musée des Ursulines, réunira notamment Denise Desautels, Flavia Garcia, Corinne Larochelle et Émilie Turmel, avec les Petits chanteurs de Trois-Rivières. Le 8 octobre, L’or dans nos yeux associera création plastique et poésie autour d’un projet mené avec dix-sept participants de l’organisme communautaire COMSEP, en présence de Monique Deland et de James Noël. Le projet aborde frontalement les inégalités sociales, la consommation et la création des richesses.
De Denise Desautels à Balam Rodrigo
La géographie du festival permet aussi quelques collisions heureuses.
On y retrouvera Denise Desautels, figure majeure de la poésie québécoise, mais aussi Jean-Claude Awono et Fleury Benjamin Ngamele venus du Cameroun, le Belge Aurélien Dony, le Mexicain Balam Rodrigo, Chris Song, originaire de Hong Kong et installé à Toronto, l’Acadien Sébastien Bérubé, Zachary Richard, venu de Louisiane, ou encore Laure Morali, entre France et Québec.
Balam Rodrigo arrivera notamment avec Livre centre-américain des morts, paru en français en 2026 chez L’Extrême contemporain : une poésie traversée par les migrations, la violence et les morts aux frontières. Sébastien Bérubé apportera une tout autre langue, fortement ancrée dans le Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick et l’Acadie, tandis que Chris Song fera entendre un parcours où se croisent poésie, traduction, chinois et anglais.
Le 3 octobre, une rencontre intitulée Situation de la poésie dans le monde réunira notamment plusieurs de ces voix internationales. Ailleurs, les « Joutes internationales », les ateliers ou les lectures collectives poursuivront la conversation. Le festival ne cherche donc pas tant à aligner des nationalités qu’à provoquer des voisinages de langues et d’expériences.
Les prix ouvrent le bal
L’ouverture officielle, le 2 octobre à la Maison de la culture, sera aussi le moment des récompenses. Plusieurs résultats sont déjà connus.
François Guerrette reçoit le Grand Prix Québecor du Festival international de la poésie pour La base et le sommet, publié chez Poètes de brousse, accompagné d’une bourse de 15 000 dollars canadiens. Denise Desautels obtient le Prix Gatien-Lapointe–Jaime-Sabines pour Tombeau de Lou, paru aux Éditions du Noroît et traduit en espagnol par Sylvia Pratt. Colette Zouvi reçoit le Prix Félix-Antoine-Savard pour « Suite Bambi #6 », publié dans Lettres québécoises.
Du côté de la relève, le Prix Piché de poésie de l’Université du Québec à Trois-Rivières revient à Monique Messier pour Trajectoires et autres détours ; Anne Chartier obtient le deuxième prix pour Femmes d’ailleurs. Le Prix national de poésie Pierre Chatillon est attribué à Luce Ouellet, tandis que le Belge Aurélien Dony reçoit le prix du public Jean-Lafrenière-Zénob.
Les lauréats seront d’ailleurs immédiatement remis en circulation : Guerrette, Desautels, Messier, Ouellet, Dony ou Zouvi se retrouveront dès le soir de l’ouverture au Zénob pour la première soirée de poésie. Pas de prix sous cloche : on remet les trophées, puis on lit.
Des poèmes aux fenêtres
Reste ce qui fait la singularité de Trois-Rivières et que les chiffres racontent assez mal.
Dans beaucoup de festivals littéraires, la ville fournit le décor. Ici, elle fait partie du dispositif. Les poèmes quittent les livres, apparaissent dans les parcs, accompagnent des expositions, s’invitent au déjeuner ou au dîner. Plusieurs expositions prolongeront d’ailleurs largement les dix jours du festival, notamment à la Galerie d’art du Parc, au Centre d’exposition Raymond-Lasnier ou aux Archives nationales à Trois-Rivières.
Le grand rendez-vous du 10 octobre, à 20 heures, réunira les poètes à la salle Anaïs-Allard-Rousseau pour la Grande soirée de la poésie. Mais il serait trompeur d’en faire le seul sommet de ces dix jours.
À Trois-Rivières, le véritable spectacle est peut-être ailleurs : dans cette obstination à mettre un poème là où personne ne l’attend. Sur une corde. Entre deux cafés. Dans une ancienne prison. À côté d’une œuvre d’art. Au milieu d’un repas.
Pour sa 42e édition, le Festival appelle cela « Murmures ».
Le mot est discret pour un programme qui l’est beaucoup moins.
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