27 Mai Ethan Oliel : itinéraire d’un garçon-nuage
Il s’appelle Ethan — comme Ethan Hawke dans Le Cercle des poètes disparus, son film préféré. Un prénom comme une prémonition. Avant cela, il donnait déjà corps à Colin dans L’Écume des jours mis en scène par Claudie Russo-Pelosi. Puis est venu le rôle incandescent de Neil Perry — dans l’adaptation théâtrale signée Olivier Solivérès du film culte de Peter Weir — qui lui vaut le Molière de la révélation masculine en 2024.
Aujourd’hui, il s’avance seul en scène, dans une matière aérienne et poétique : « Le Garçon Nuage », qu’il présentera lors du prochain Festival d’Avignon à la Scala Provence.
Gondry et la machine à songerie
Ouverture de la parenthèse – pour éclairer le lien ci-après établi entre Boris Vian, Michel Gondry et Ethan alias le garçon-nuage : Vian a mis en mots la folle histoire d’amour de Chloé et Colin dans l’Écume des jours, Gondry les a magnifiquement portés à l’écran et Ethan… au-delà d’avoir endossé la peau de Colin sur scène, semble partager avec le personnage bien plus qu’un rôle. Il a d’ailleurs probablement subtilisé le véhicule-nuage si poétiquement figuré par Gondry, pour en faire sa demeure poétique – fermeture de la parenthèse.
Avez-vous déjà rencontré un garçon-nuage ? Il s’agit d’un oiseau rare, en voie d’expansion… poétique.
Comme une suspension décrochée d’une nébuleuse lointaine, il semble porter en lui un autre climat. Il a la gueule atmosphère, le teint d’altitude, le cœur constellé de rêves zélés. De fibre sensible, il a quelques couches de peau en moins et l’attitude vaporeuse de ceux pour qui le coton des cieux devient une fontaine de survivance. Capitaine mal armé pour les densités charbonnières du monde, il a longtemps flotté au-dessus d’un planisphère en papier de verre, un monde trop rugueux pour un écorché vif.
« Petit prince du rien » comme il aime à se nommer, à cheval sur son mouton ouaté, il a écumé les mers stellaires et les jours sans fin. Ardent démissionnaire de la réalité, il a cependant fini par répondre à ce qui battait trop fort pour être ignoré : la vie. Un certain jour béni des muses Érato et Thalie, il a pris son courage à deux mains et décidé que demain dès l’aube, il redescendrait de son imaginaire, bref qu’il déboulerait sur terre. Espérant y échafauder – entre sol et hautes sphères – une alliance des contraires abordable, à moindres frais émotionnels – et nous offrant au passage une bouffée salutaire d’« air vrai ».
Tiens, mais on dirait Ethan qui arrive tout feu tout flamme dans sa voiture nuage !
– Toi aussi tu t’es offert une Gondry ?
– Oui !! un modèle Boris 47, avec un moteur à 64 brebis synchronisées. Bon au démarrage elle tousse un peu mais après le souffle laineux la fait décoller comme une fusée et elle glisse dans les airs de rien comme une gazelle sur patins. Normal en même temps, elle a été bricolée avec mes rêves débridés et mes idées trop grandes pour tenir en place. Et tu as vu l’intérieur ? du tissu de chez Vian, cousu main au fil des mots. Un bon tisserand celui-là. Allez viens, monte avant que je me prenne une prune !
– On va où ?
– Explorer le monde avec un peu moins de gravité !
Bienvenue à bord : ici le déplacement est une initiation, le flou notre langage, et n’ayez crainte des effets visuels : le réel se dilate au contact de l’imaginaire mais nous n’aurez aucune séquelle. A part peut-être celle d’aimer un peu plus la vie ; et sa poésie.
Le roi du monde et un oiseau sur la branche
« Maman, je suis le roi du monde ! »
On entend un cliquetis dans l’habitacle, la stéréo de la voiture exhume soudain par notes diaprées la chanson “Les Rois du monde” de la comédie musicale Roméo & Juliette. La voiture freine violemment et s’arrête net. Un énorme paquebot passe soudain devant nous. On aperçoit un gars sur la proue, les bras en croix, il hurle au vent, mais ses paroles – noyées en cours de route – ne parviennent pas jusqu’à nos écoutilles.
« - Tu crois qu’il faut les prévenir pour l’iceberg ? »
Pas le temps la voiture redémarre en trombe et bifurque sans prévenir. C’est elle qui choisit le trajet.
« Quand j’étais enfant, je voulais devenir chanteur », Ethan revient avec tendresse sur cette saison de l’enfance, territoire sans pudeur ni retenue dont il était le roi. À cette époque, rien n’arrêtait la fougue, pas de place pour l’embarras, il chantait à la kermesse comme chez le coiffeur. Avec cette volonté conquérante propre aux mioches qui prennent la vie pour du cinoche : « j’avais déjà une aura artistique qui voulait jaillir de moi ».
Les saynètes des cours d’espagnol et d’anglais au lycée vinrent ensuite assouvir son inclination pour « la mise en spectacle ». Avec son acolyte et meilleur ami, ils écrivaient un texte et faisaient rire la classe entière : « nous qui peinions à exister autrement dans la classe, ces moments étaient une bulle extraordinaire ».
Petit saut temporel, nous passons d’un rêve au suivant. L’adolescence lui apporte une nouvelle ambition : le journalisme sportif avec option « commentateur de matchs de foot ». Il anticipe ma question : « comment je suis passé de journaliste sportif à saltimbanque ? ». Patience, il s’agit du prochain arrêt.
Bac S en poche il s’engage alors dans la « voie royale » : une prépa hypokhâgne. Le début de la dégringolade. « Éternel rêveur de sa fenêtre » il avait l’esprit trop vagabond pour tenir la concentration et se laissait souvent happer par l’oiseau qui passe.
La voiture pile pour laisser passer une file de mots guillerets et appétissants.
Avait-il, à cette époque, déjà le goût des mots ? La lecture lui était alors paresseuse, confesse-t-il, mais il aimait pourtant se donner l’allure du lettré perdu dans les pages : lunettes sur le nez, carnet toujours à la main — dont les feuilles demeuraient pourtant pâles.
Mais inspiré par le Cercle des poètes disparus, il aimait faire claquer les mots dans l’air, les énumérer, les prononcer, les laisser résonner au vent. Des soliloques dont les échos renvoyaient des fragments de lui-même. Comme un outil d’introspection, à la manière d’un Hamlet lançant son célèbre : « Être ou ne pas être ». Shakespeare, psychanalyste avant l’heure.
La voiture devient fébrile. Ethan évoque alors une hypersensibilité longtemps débordante et douloureuse qu’il a apprivoisée avec le temps. Il me cite Flaubert : « Ce qui érafle les autres me déchire ». Aujourd’hui, il tente de réserver cette intensité au plateau, là où elle devient sublimation plutôt que destruction : « Cela a été une longue domestication. J’ai l’impression d’avoir une couche de peau qui me manque. »
Une sensibilité double, à la fois cadeau et fardeau « mais comme dirait Rilke il n’y a pas de grande chose qui ne pèse pas », me dit-il.
Au bout de six mois de classe préparatoire le jeune Ethan fuit et monte pour la première fois dans son nuage…
Le nuage puis la grande tirade
Sans crier gare le ciel s’assombrit, l’air s’électrise et un orage éclate.
« Après la fuite, j’ai fait un CDD dépression de six mois. »
Ethan se retrouve alors dans sa propre pénombre – avec pour seule couverture une angoisse existentielle profonde : « non seulement j’avais du mal avec les existants, mais en plus je ne n’avais aucune idée de ce que j’allais bien pouvoir faire ».
Une nuit noire qui, malgré tout, vient éclairer son chemin et nourrir les prémices du seul-en-scène Le Garçon Nuage.
Son meilleur ami quitte ses études au même moment et lui rend visite chaque jour ; peu à peu, l’oisiveté se défait de son tourment et devient terrain de jeu de l’imaginaire.
Le nuage blanchit, prend des airs de paradis, et le jeune homme de dix-neuf ans emménage alors dans ses propres rêves.
Libéré, oui, enfin, et ce depuis
que j’ai décidé fièrement, pour
mon propre équilibre, De faire
mes adieux à la réalité.
Vous avez remarqué ? Ma langue
est modifiée, Comme si pour
mieux accompagner la beauté de
cet endroit… elle s’était esthétisée !
Car elle est belle cette demeure.
Il est beau mon îlot. J’ai
emménagé sur un nuage,
et je suis maintenant, pour le monde un
oiseau, qui a fait de l’extase son seul
paysage…
Ethan évoque sa maison nuage comme un refuge mais aussi un piège, car le risque est grand de s’y enraciner. Entre l’appel du rêve et la nécessité d’agir pour le concrétiser, il faut apprendre à en descendre — sous peine de voir la douceur se muer en aigreur de voir la vie défiler sans en être l’acteur.
C’est à ce moment que sa mère la bonne fée intervient et lui souffle de tenter la piste Comédie pour changer de registre.
Il intègre alors le cours Florent et tombe en amour pour les textes. Son premier émoi ? La tirade des Non, merci ! de Cyrano.
Il découvre alors un nuancier de mots, ses pensées s’étayent, se ramifient, les idées se diversifient et les contraires s’installent en colocation : « la contradiction des humains me fascine ».
Il s’éprend ensuite de Fantasio, et voit en lui son reflet. Le personnage de Musset s’ennuyant profondément dans le monde, décide de faire le bouffon du roi. Une allégorie des comédiens selon le garçon nuage. Il revient sur le romantisme et son héritage mélancolique, ce « mal du siècle » qui traverse les âges. S’il s’en réclame et en revendique la beauté, il met en garde contre sa tentation la plus sombre : croire que souffrir est une condition du génie. À ses yeux, le véritable défi consiste à ne pas s’enfermer dans cette ombre mais à la transmuter en élan vers la lumière. Sinon, gare au « romantriste » !
Nous apercevons Christian Bobin en pleine flânerie onirique. Ethan le salue promptement d’un grand geste de la main.
« Je l’adore, un vrai obstiné de la beauté ce Bobin ! »
La femme poème
Les clignotants de la Gondry s’emballent soudainement, ça s’affole sous le capot, les rétros papillonnent, le tableau de bord palpite. La voiture prend plein de détours inutiles, rallonge les trajets. Le moteur cale puis repart une bonne dizaine de fois. Prend des routes qui n’existaient probablement pas. Elvis, fredonne sur la banquette arrière Love me tender.
– Ethan que se passe-t-il je ne suis pas rassurée ! La voiture est fiévreuse, j’espère qu’elle ne va pas tomber raide.
– Dingue oui ! Ah, quel beau souvenir…
La mémoire lui fait un détour tendre vers son « premier phénomène d’écriture ». Dernière année du cours Florent. Il tombe amoureux d’une jeune femme et la poésie en lui se déploie. Il me cite cette phrase de Bobin qui dit « peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler ». Et son sens taquin de la contradiction de se réveiller en citant La Rochefoucauld : « Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux, s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. »
– J’aime bien les mettre en opposition !
Il y a tout de même du bon à tomber amoureux me dit-il. Cela motive la parole, les mots deviennent fluides et s’alignent : « j’aimais tomber amoureux pour ça ».
Amoureux de l’amour ? Certainement, aussi. « Mais l’amour n’avait qu’un visage et c’était le sien ». Ah si seulement les gens pouvaient voir la beauté de la coexistence des vérités…
Il mentionne alors, tout en faisant preuve d’autodérision pour son penchant à la citation, la célèbre phrase de Terzieff lorsque ce dernier reçoit son Molière d’honneur en 1988 : « le théâtre ce n’est pas ceci ou cela, c’est ceci et cela. »
Ethan est de ces objecteurs de conscience poétique refusant les grilles de lectures proposées par les discours dominants dont il dénonce la délétère simplification du réel. À l’inverse, il voit dans l’art une forme de révélation — « comme un paon qui déploie soudain sa roue » — faisant surgir toute la richesse, les nuances et les possibles cachés de l’existence.
Après une première histoire d’amour qui lui inspire des poèmes et les prémices d’un roman…
CRASH. On se prend littéralement un mur. Bruits de carrosserie pliée et de grands fracas.
Le mur en question ? Les concours Florent, qu’il a tous – sans exception – ratés. Étrangement, Ethan me sort « il n’y a pas mieux que se de prendre un mur », comme s’il s’était agi d’une sinécure. In fine, sa peur de l’échec doublée d’une arrogance selon lui non avouée, ne lui permettaient pas de faire avancer le schmilblick de la destinée. Car la chance, à un moment, il faut bien la provoquer. Mais nous y reviendrons plus tard.
En 2019 il sort des cours Florent, est pris dans L’écume des jours pour incarner Colin puis le Covid passe par là. Ethan est un heureux confiné vivant un second épisode nuage avec la plus grande des légèretés : aucune culpabilité puisque tout le monde est contraint au « rien faire ». Et en « bon petit prince du rien », il excelle dans le domaine.
De retour sur terre, second coup de foudre. Sa Chloé à la scène devient sa dulcinée, malgré sa conviction que l’amour ne lui était plus consacré. Une belle histoire, jusqu’à une rupture liée à une incompatibilité plus qu’à une extinction des feux amoureux. C’est alors qu’une lecture prévue au théâtre lui impose une contrainte d’écriture : il compose très vite Le garçon nuage, synthèse de ses deux histoires amoureuses, structurée comme un seul-en-scène autour d’un personnage flottant, amoureux, confronté au chagrin, où il assemble des poèmes préexistants pour bâtir un récit.
« Tous les auteurs prennent un peu d’eux et épaississent au feutre de l’imagination. »
Et le destin s’en est mêlé
« La chance, c’est ce qui arrive quand la préparation rencontre l’opportunité. » – Sénèque
Et puis, il y a ces moments où le destin entre dans la course à toute allure pour engager l’histoire dans un grand virage dramaturgique.
Le 9 janvier 2022, des amis lui proposent de réfléchir à un projet pour Avignon. Ethan pense immédiatement au Cercle des poètes disparus, son film de cœur. Il tente d’en obtenir les droits, appelle même les États-Unis, mais découvre qu’ils sont déjà verrouillés en France. Le projet s’évanouit.
Deux mois plus tard, coup de théâtre : une audition pour cette même œuvre surgit, presque par hasard. Les droits sont détenus par Jean-Marc Dumontet, et Olivier Solivérès rêve depuis longtemps de porter le film à la scène. Les grandes aspirations finissent parfois par se rencontrer.
La carrière théâtrale d’Ethan ne tenait alors pourtant plus qu’à un fil. Il était à deux doigts de renoncer. Dans un dernier élan, il envoie un mail singulier et intime dans lequel il raconte l’origine de son prénom, lié au personnage du film. Ce détail fait mouche. Il décroche une audition.
Le 8 mai, jour chargé de symboles pour lui — anniversaire de celle qui fut sa seconde grande histoire d’amour —, il se présente au théâtre Antoine et joue un extrait de son seul-en-scène. L’audition s’étire sur un an.
Pendant ce temps, il continue de jouer dans L’Écume des jours, dans une confusion émotionnelle vertigineuse : ses deux anciennes amours se succèdent dans le même rôle, celui de Chloé. La frontière entre vie et fiction est sans cesse brouillée. « Je jouais mon passé en permanence ». Condamné à voir sa blessure se rouvrir chaque jour, comme le supplice de Prométhée.
Cette période devient une traversée intense, quelque peu épuisante pendant laquelle il prend conscience de sa tendance à « parader dans sa tristesse comme à un défilé », à en faire une matière poétique autant qu’un refuge : « on est à la recherche permanente de planques pour ne pas se confronter à ce qu’on devrait être en train de faire. »
Il poursuit néanmoins son chemin avec La Tempête de William Shakespeare, dans une adaptation signée Emmanuel Besnault, au Théâtre de la Huchette. Il y explore des extrêmes de jeu qui le transforment en profondeur et nourrissent son goût de la rupture, des bascules émotionnelles et des territoires scéniques imprévisibles.
C’est d’ailleurs dans cette logique du seul-en-scène, pensé comme un espace de fracture et d’intensité, qu’il évoque ses influences majeures : celui qui lui a donné envie de s’y consacrer est François de Brauer. Il le considère, aux côtés d’Eva Rami, comme l’un des grands maîtres contemporains dans le domaine.
En juillet 2023, la nouvelle tombe : il est choisi. Il jouera Neil Perry dans Le Cercle des poètes disparus au théâtre Antoine. L’expérience a quelque chose d’irréel. Il incarne sur scène l’œuvre qui a façonné son imaginaire, dans un lieu « génialement hanté par des grands qui sont passés par là » comme Louis Jouvet ou Albert Camus. Tout semble converger : l’intime, le rêve, le travail. Comme si, après tant de détours, le destin s’en était grandement mêlé d’une seule lampée. Et ce dernier n’y est pas allé de main morte. Pour parachever cette bonne fortune, Ethan est consacré par le Molière 2024 de la révélation masculine.
En cours d’illumination et autres projets
Plein phare.
Le bonheur fait peur. « C’était presque trop, je n’en avais pas tant demandé ! » me confie-t-il. Comme un Orphée qui ne peut s’empêcher de saboter les cadeaux de la vie – de peur de s’être trompé ou de ne pas supporter une désillusion éventuelle – Ethan culpabilisait de tant de grâces existentielles.
Mais Orphée tend depuis à se métamorphoser.
À ce sujet il évoque Les Trois métamorphoses de Nietzsche. La première est le temps du chameau : on porte l’héritage, les attentes et pressions familiales. La seconde, celle du lion, est un espace de fracture d’affirmation de soi : le moment où « tu dois » deviens « je veux ». La troisième métamorphose est celle bénie de l’enfance retrouvée, du consentement heureux à l’existence. Le temps de « l’amor fati », cet acquiescement profond à ce qui est.
Un état qu’il effleure désormais régulièrement, par éclats poétiques de vie, et vers lequel il continue d’aspirer.
Le plus lumineux à ce jour ? Cette fois où il avait besoin de faire déambuler son amour quelque part. Il se rend alors sur les bords de Marne. Parvenu au seuil du fleuve et « comme dans Siddhartha de Hermann Hesse », il fait l’expérience d’une « espèce de contemplation géniale de l’instant ». Une fusion avec le présent. Et une confusion de l’objet de son admiration. Était-elle allouée à l’arbre, au fleuve, aux oiseaux, à l’amour qu’il portait ou bien à tout cela en même temps ? « J’ai senti la vie affluer en moi et j’ai pleuré de joie. »
Depuis le garçon-nuage s’est réconcilié avec le monde. Les mots sont devenus la couche de peau qu’il manquait à son cœur. Et il continue de cultiver chaque jour sa capacité d’éblouissement : « Une journée sans pleurer d’émerveillement n’est pas une bonne journée ».
Il poursuit désormais sa route lumineuse vers d’autres projets : son seul-en-scène à Avignon, un film tourné à Cannes par un réalisateur « fou comme lui », un roman en cours de finalisation…
Nous arrivons au terminus de cette balade onirique. Ethan se gare sur un arbre perché.
Je descends par l’échelle branchée et lui souhaite, en guise d’au revoir, d’aller semer sa poésie à l’infini… et au-delà.
Ethan en bref…
Après une formation aux Cours Florent, Ethan Oliel rejoint le collectif Les Joues Rouges pour une adaptation de L’Écume des jours mise en scène par Claudie Russo-Pelosi, dans laquelle il incarne Colin au théâtre du Lucernaire en 2022 et 2023.
Parallèlement, il écrit et interprète deux seuls en scène : Une femme et son siècle, hommage à la duchesse Edmée de La Rochefoucauld, ainsi que Le Garçon-Nuage, en alexandrins, joué au théâtre des Déchargeurs. En 2023, il est à l’affiche d’une adaptation de La Tempête mise en scène par Emmanuel Besnault, puis des Aventures de Pinocchio mises en scène par Olivier Solivérès au théâtre des Mathurins.
Il poursuit sa collaboration avec Olivier Solivérès dans Le Cercle des poètes disparus au théâtre Antoine, rôle qui lui vaut le Molière 2024 de la révélation masculine. Ethan Oliel jouera également son seul en scène au prochain Festival d’Avignon, à La Scala Provence, du 4 au 25 juillet prochains.
Le Garçon Nuage
Dans ce seul-en-scène écrit et interprété par Ethan Oliel, un jeune homme choisit de se retirer du monde en emménageant symboliquement sur un nuage, loin de l’angoisse de l’échec, du vacarme du réel et des injonctions à devenir quelqu’un. Mais l’amour vient fissurer cette retraite aérienne et l’oblige à redescendre vers la vie. Entre poésie, humour, mélancolie et élans philosophiques, Le Garçon Nuage déploie une langue sensible nourrie d’alexandrins, de rêverie et de vertige existentiel. Mis en scène par Charly Coïc, le spectacle oscille entre conte intime et odyssée sentimentale, porté par une écriture qui revendique autant l’héritage romantique que l’énergie d’une poésie très contemporaine.
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